EXCLUSIF – Au lendemain de la visite du jury qui désignera la capitale européenne de la culture en 2013, Alain Juppé a reçu 20 Minutes pour un tour...
Au lendemain de la visite du jury qui désignera la capitale européenne de la culture en 2013, Alain Juppé a reçu 20 Minutes pour un tour d’horizon des grands dossiers de la rentrée. En forme, le maire UMP de Bordeaux a bien occupé ses vacances : après avoir bouclé la randonnée cycliste Québec-Montréal en juillet, il s’est reposé à Hossegor, en famille, pendant deux semaines. Six mois après le début d’un mandat qui s’annonce chargé, Alain Juppé s’est exprimé sur les questions du développement durable, de l’aménagement de la ville, des transports, mais aussi sur la politique locale.
Quel est votre sentiment après la venue, lundi, du jury qui désignera la capitale européennede la culture?
La mobilisation de la population a été fantastique et le jury a été marqué par l’accueil que nous lui avons réservé et par plusieurs sites: les bassins à flot, la base sous-marine, le projet Darwin à la caserne Niel, dédiée aux nouvelles technologies de l’information et de la communication… Sans faire de triomphalisme prématuré, nous avons eu des appréciations très positives.
Vous avez marqué des points ?
On n’a pas gagné mais, oui, on a marqué des points. Les membres du jury nous ont même dit qu’on avait placé la barre très haut pour les autres villes. Ils ont compris que le Bordeaux un peu coincé et un peu froid n’existait que dans la légende…
Avez-vous fait part au jury du «déficit culturel», dénoncé par certains acteurs?
Sûrement pas. Sans un riche terreau culturel, nous n’en serions pas là! Nous sommes dans la cour des grands, avec Lyon, Marseille et Toulouse. Mais étant donné la masse de projets à Bordeaux, on ne peut pas répondre à tout. D’où une certaine frustration des acteurs culturels.
Bordeaux n’aura pas de Zénith, mais une salle Arena. Regrettez-vous de ne pas être monté au créneau plus tôt?
Pas du tout, car nous l’avons fait en son temps. Nous avons d’abord fait un tramway, qui nous a coûté 1,5 milliard d’euros. La CUB a opté pour l’Arena, qui peut accueillir 8.000 à 12.000 personnes pour des spectacles. Ce n’est pas exactement ce que j’aurais souhaité et la marque Zénith aurait peut-être été plus adaptée. Mais j’ai décidé de ne pas bloquer la décision. J’espère maintenant que le projet sera prêt en 2012-2013.
Quel est, selon vous, l’avenir de la passerelle Eiffel, dont le classement provisoire aux Monuments historiques arrive à terme dans un an?
Mon intervention a permis d’engager la procédure de classement provisoire. Des études complémentaires sont en cours. Plus j’y pense et
plus je me dis qu’une passerelle dédiée aux piétons et aux vélos peut être une idée d’urbanisme intéressante. Mais le coût, 20 millions d’euros, est démesuré.
L’Unesco est en alerte sur le projet de pont Bacalan-Bastide, qui menacerait le périmètre classé…
Sur ce dossier, je n’ai pas l’intention de renoncer et la CUB non plus. L’Unesco était parfaitement au courant du projet : ils sont venus sur le site, ils ont vu les maquettes et l’expert de l’Icomos, le bureau d’études qui instruit les dossiers, l’a écrit noir sur blanc. Il n’est pas question de recommencer les études comparatives avec un tunnel. On va peaufiner l’insertion dans le site, en attendant les premiers travaux prévus en juin.
Quelle est votre vision du développement durable pour Bordeaux?
C’est la mise en place de notre agenda 21, à la fin de l’année. Il privilégiera l’efficacité énergétique des bâtiments municipaux. Dans les écoles Ferdinand-Buisson et Beck, nous ferons baisser la consommation de 250 kW/h à 80 kW/h par mètre carré et par an. Pour les bâtiments neufs, cette norme est fixée à 50 kW/h, nous l’appliquerons. Pour l’éolien, c’est fichu, car il n’y a pas de vent à Bordeaux, mais EDF est partante pour équiper en partie la base sous-marine en panneaux photovoltaïques, soit 1,5 hectare. Côté consommation d’eau, nous pensons pouvoir la diviser par deux, qu’il s’agisse de l’arrosage ou du nettoyage des rues.
Enfin, il nous reste à amener le tri sélectif dans le cœur historique de la ville.
A partir de quand la troisième phase du tram sera-t-elle sur les rails?
Nous devons prendre une décision fin 2009 sur le mode et le tracé de la 4e ligne de transport vers le nord-ouest de l’agglo. Il y a aussi la question du prolongement tram-train jusqu’à Blanquefort, la mise en place de liaisons circulaires sur les ponts Bacalan-Bastide et
Jean-Jacques Bosc pour relier entre elles les communes périphériques des deux rives. Tout cela est à une échelle de dix ans. C’est un chantier considérable de près d’un milliard d’euros. J’ai vu le ministre de l’Ecologie et de l’aménagement, Jean-Louis Borloo, en juillet, on peut compter sur une subvention de 10% à 15%.
Avec le départ de Santé Navale à Lyon, craignez-vous la fermeture de certains services de santé?
Je ne crois pas. Pour revenir sur Santé navale, je comprends qu’il ne faille qu’un site, mais Bordeaux aurait pu accueillir cette école. J’espère en revanche que la ville récupérera l’école des officiers de police. François Fillon doit prendre sa décision ce mois-ci, mais il y a un peu de friture sur la ligne gouvernementale en ce moment.
Deux listes UMP sont en concurrence pour les sénatoriales. Peut-on parler de crise ?
Il n’y a pas de crise, mais des rivalités de personnes. Je regrette que Gérard César soit parti en dissidence. A un moment, il faut savoir passer le flambeau.
Seriez-vous intéressé pour entrer au gouvernement en cas de remaniement?
Cette question n’est pas à l’ordre du jour.
Est-ce votre dernier mandat de maire à Bordeaux?
Si je dis oui, tout le monde va se précipiter sur moi, et si je dis le contraire, on dira « il va s’user »! On aura le temps d’en reparler.
Recueilli par Marion Guillot, Fabienne Cosnay et Mickaël Bosredon