De notre correspondant à Los Angeles
Dire qu’Hillary était attendue au tournant n’est pas seulement employer un cliché usé. C’est surtout à des années lumières des enjeux de ce mardi soir, à Denver. Car au-delà des sondages et des petites phrases, le vrai spectre d’un torpillage du parti planait en coulisse de cette convention démocrate, entre des supporteurs jusqu’au-boutistes et un Bill Clinton aussi instable que de la nitroglycérine. Mais Hillary a parlé, comme peut-être jamais un perdant ne l’avait fait lors d’une convention.
Elle n’a pas mis 30 secondes à entrer au cœur du sujet: «Je suis honoré et fière d’être devant vous. Une mère fière, une sénatrice fière, une Américaine fière. Mais surtout fière… d’être supportrice de Barack Obama. C’est mon candidat». Elle ne fait que s’échauffer. «Que vous ayez voté pour moi ou pour Barack [elle citera son nom une vingtaine de fois] nous devons nous unir en un seul parti et avec un seul objectif. Je n’ai pas passé les dernières 35 années de ma vie dans les tranchées à me battre pour que chaque enfant ait une couverture maladie ou pour les droits des femmes pour voir ce combat piétiné par 4 ans supplémentaires d’un républicain à la Maison Blanche».
Et Hillary de pointer un laser dans les yeux de chacun de ses supporteurs –dont 27% disent vouloir voter John McCain–, leur demandant: «Etiez vous dans cette course juste pour moi? Ou pour cette femme avec un cancer qui lutte pour s’en sortir, cette mère célibataire survivant avec un salaire minimum?».
Plus elle avance, plus le ton est décidé, plus la salle applaudit. Elle poursuit en louant Obama qui «a commencé sa carrière à Chicago en aidant les oubliés et la classe ouvrière». Petit mot pour Michelle Obama aussi et son «discours extraordinaire», qui fera une «formidable first lady». Idem pour Joe Biden et sa femme Jill.
Vient le tour de John McCain. Son «ami, qui a servi avec honneur» le pays. Mais, poursuit Hillary, «on n’a pas besoin de 4 ans de plus d’une économie sinistrée, d’une essence plus chère pour moins d’énergie verte, de gens qui perdent leur maison, et d’un monde avec plus de guerre et moins de diplomatie». Elle glisse une petite blague assassine sur McCain et Bush «qui vont se rendre dans les villes jumelles de St-Paul et Minneapolis» pour la convention républicaine. «Logique», selon elle, «vu comment leurs politiques sont indissociables»
Hillary termine en rappelant une fois encore ses combats et présente Obama comme celui qui mènera toutes ces batailles une fois à la Maison Blanche, qui «mettra fin avec honneur à la guerre en Irak et restaurera l’économie». «Si je me souviens bien, les démocrates savent s’occuper de l’économie. On l’a fait avec Bill Clinton [qui sourit dans l’assemblée] et on le refera avec Barack Obama».
Plus que les mots et les arguments, c’est sans doute le ton, la passion et la sincérité apparente que les démocrates et les observateurs retiendront. Mais les stratèges républicains ont déjà trouvé leur angle d’attaque: elle a peut-être sauvé l’unité mais n’a rien fait pour montrer qu’Obama avait la carrure d’un commander-in-chief. Mais ça, ça sera sans doute la mission du speaker de demain soir: un certain Bill Clinton. usa2008