USA 2008 - Un blogueur conservateur explique la marche à suivre pour le parti républicain.
De notre correspondant à New York
Reihan Salam blogue sur le site conservateur
The American scene. Il est également le co-auteur (avec
Ross Douthat) de
Grand New Party, un ouvrage qui préconise au parti républicain de renouveler ses fondements idéologiques pour séduire la classe ouvrière.
Il y a encore quelques mois, on disait le parti républicain perdu pour cette élection. Que s’est-il passé entre temps pour que la course soit devenue aussi serrée?
Les républicains cherchent vraiment à ce que l’élection se joue autour de la personnalité de Barack Obama. Au départ, il était parvenu à dépasser ce piège qui consiste à ne plaire qu’à un public-miroir. Grâce à une plateforme populaire et son
histoire personnelle peu conventionnelle, il a réuni deux entités bien différentes, les classes moyennes supérieures et les électeurs afro-américains.
Mais l’histoire du révérend Wright a compliqué son récit de vie. Jusque-là, Obama avait réussi à ne s’aliéner personne. D’un côté,
les conservateurs le respectaient pour sa capacité à adopter certaines de leurs idées, notamment
sur le plan économique. De l’autre, il venait d’un
monde confortablement élitiste et de
gens qui étaient
très à gauche, de manière fervente.
Mais sa capacité à jongler entre des influences si disparates a fini par inquiéter. Les républicains, comprenant que l’influence de leur parti était très endommagée, ont cherché à exploiter cette faille, à
créer de la méfiance à son égard. Pour cela, ils l’ont présenté comme quelqu’un au profil politique très incertain.
USA2008
La personnalité peu orthodoxe de John McCain au sein du parti républicain l’a-t-elle aidé à refaire surface?
Oui et non. McCain a d’abord essayé de mener une
campagne en roue libre, comme en 2000, en misant sur la transparence et sa relation aisée
avec les médias. Mais il s’est rendu compte que ce n’était pas possible. Il a dû s’accommoder de nombreux groupes d’intérêts différents au sein du parti et mettre en veilleuse sa liberté de parole. Et il est surtout resté concentré sur la politique étrangère. Si vous regardez son plan de réforme de l’assurance maladie, qui est plutôt cohérent, il en parle très peu.
Y a-t-il un point précis de son programme et de la plateforme républicaine qui l’a aidé ?
Les républicains ont joué habilement sur la question du
prix de l’essence et des
forages pétroliers offshore, auxquels Obama était opposé. C’est un
enjeu qui éclaire la tension entre les objectifs environnementaux et les désirs de qualité de vie de la classe ouvrière américaine. Cela touche aussi un point très profond de la politique américaine: que les Américains doivent pouvoir voir leur revenus augmenter, avoir une grande maison en banlieue.
Les démocrates, eux, ne peuvent pas transiger sur le changement climatique. Pour les conservateurs, en revanche, il est plus important que l’économie fonctionne, et que vous ne soyez pas obligés de payer un peu plus à chaque fois que vous devez faire le plein. Si c’est plus populiste, cela semble aussi plus réaliste. Notre point de vue est différent : nous voulons des énergies alternatives, mais aussi pouvoir prendre l’énergie là où nous pouvons la trouver.
En tant que blogueur conservateur, pensez-vous être parvenu à modifier le débat politique ?
Les
blogs ont permis de faire émerger des voix qui n’auraient pas surgi autrement. Cela a créé une chambre d’écho sophistiquée où les gens peuvent débattre de questions idéologiques, et se coordonner afin de déboucher sur de l’action politique. Il suffit de regarder comment des groupes d’activisme politique de gauche comme
Move On.org ont levé des dizaines de millions de dollars.
Ils ont fait bouger les règles de l’action politique: vous n’avez pas besoin de faire de piquet de grève, d’aller dans un syndicat. Il vous suffit d’être en ligne pour avoir un pouvoir collectif, un message puissant et d’influencer le débat. Le blogging, c’est la même chose. Plus besoin de passer par les médias traditionnels. Lors de la campagne de 2004, tout le monde pensait que celle de Kerry serait plus rusée que celle de Bush en termes de nouvelles technologies. Alors qu’en fait,
Bush a été plus efficace pour atteindre les bloggeurs et attirer des volontaires.
Propos recueillis par Gilles Bouvaist