BHL part en Géorgie, le Web part en croisade
Créé le 25.08.08 à 20h36
Mis à jour le 25.08.08 à 23h40
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MEDIAS - Son flamboyant reportage sur la guerre en Géorgie publié dans «Le Monde» du 19 août...
Bernard Henri-Lévy, c'est «le jour et la nuit», pour paraphraser son
flop cinématographique. Le jour:
un flamboyant reportage sur la guerre en Géorgie publié sur deux pleines pages dans «Le Monde» daté du 19 août. La nuit: dans le sillage de Rue89, le Web va démonter point par point ce reportage, tournant en ridicule le philosophe.
La première banderille le 20 août prend la forme d'un pastiche. Rue89
réécrit l'article de BHL en le transportant dans l'absurde conflit entre la Syldavie et la Bordurie, deux pays inventés par Hergé. Grand éclat de rire aux dépens du philosophe, dépeint comme un Tintin qui dénigre naïvement les Russes: «Un tankiste bordure, dépenaillé et puant l’alcool, qui parle un anglais hésitant me salue: "Welcome, mister Lévy". Je hoche la tête en l’examinant: ses yeux, cernés de khôl, n’ont pas l’habitude des femmes.»
Après les rires, les faits
Le site Causeur choisit aussi de traiter l'article de BHL sous la forme d'un pastiche. Cette fois-ci, l'écrivain Jérôme Leroy
imagine le même reportage, mais version pro-russe. Au sujet de son accolade avec Vladimir Poutine: «Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’accolade d’un héros. Je sens l’étreinte musclée, je pense à ses années de luttes au KGB contre les agressions yankees, puis à la tête de l’Etat russe, contre les oligarques mafieux, les fous furieux islamistes de Grozny…»
Après les rires, les faits. Rue89 enfonce le clou et
reprend point par point le reportage de BHL dans un exercice de «fact-checking», comme disent les anglo-saxons, coutumiers du genre. Où l'on découvre que Lévy n'a en fait jamais vu Gori, que les flammes qui étaient censées brûler la ville ne consumaient que les champs aux alentours et que les compagnons de route de BHL n'ont pas senti l'«odeur de putréfaction» qu'il évoque.
BHL défend mollement son texte
L'édifice s'écroule. D'autant que le philosophe défend mollement son texte, dans
une interview laconique (par mail) à Rue89. Les internautes ont tous les éléments en main pour lancer la campagne anti-BHL. Par la magie des liens, la blogosphère reconstitue très vite le dossier Bernard-Henri Lévy: une
critique acerbe de Gilles Deleuze, des
moqueries de Pierre Desproges, des
doutes sur l'enquête concernant Daniel Pearl,
d'autres au sujet de son reportage en Afghanistan publié dans «Le Monde» en 1998...
Au milieu de ce naufrage, un internaute défend bec et ongles BHL. A contre-courant. Daniel Riot est un journaliste à la retraite, ancien directeur de la rédaction européenne de France 3. Très présent sur Internet, il se démultiplie pour défendre Bernard-Henri Lévy: sur son
site perso, sur
son blog «20 Minutes», sur
son blog «Nouvel Obs», sur
Agoravox, ou encore sur
Relatio-Europe, le site d'infos européennes qu'il dirige.
«De vraies hordes sauvages»
«Aujourd'hui, la blogosphère remplace parfois les cafés du commerce de jadis et servent de défouloir. Et attention aux têtes qui dépassent! A ceux qui ne partagent pas vos opinions. A ceux qui ne font pas de l'anticonformisme prétendu un conformisme absolu. De vraies hordes sauvages, souvent sous la lâche protection de pseudos, s'acharnent sur ceux qui dérangent», écrit Daniel Riot. En oubliant de préciser que BHL a
cosigné la préface de son dernier livre.
Sur son blog, André Gunthert, maître de conférences à l'Ecole des Hautes études en Sciences Sociales, invite BHL à tirer les leçons de ce lynchage en règle: «Bien sûr, ce n'est ni le premier ni le dernier scandale provoqué par les approximations de l'autobiographe. Il me semble tout de même que l'effondrement de l'échafaudage est ici particulièrement rapide et diablement efficace [...] BHL ferait bien de s'en souvenir avant son prochain dithyrambe – le juge, aujourd'hui, c'est le web.»
V.G.
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