De notre correspondant à Los Angeles
Rarement des primaires démocrates n’avaient été aussi longues et acharnées. Comment Barack Obama a-t-il réussi à écarter Hillary Clinton et les sept autres candidats? Réponse en 10 dates.
Tout commence par une blague. En décembre, Barack Obama annonce très officiellement à la télé… son soutien aux Bears de Chicago (foot us). Deux mois plus tard, on ne rigole plus. Il choisit un lieu symbolique, Springfield, dans l’Illinois (où Lincoln avait livré un célèbre discours sur la division du pays), pour se déclarer candidat. Dans les sondages nationaux, Hillary Clinton caracole devant.
Obama écrit son histoire. Dans cet état du midwest, rural et blanc à 90%, il s’impose, loin devant… John Edwards, laissant Hillary 3e, un genou à terre. Son discours de victoire, sur fond d’unité et de changement, d’assurance maladie pour tous et de fin du conflit en Irak, marque les esprits. Pour la première fois peut-être, Obama a l’air présidentiel.
Le come-back d’Hillary. Alors que les sondages, à la suite de l’Iowa, la donnait perdante, elle arrache la victoire et revient dans la course, comme Bill, son mari, à son époque. Obama est averti: elle vendra chèrement sa peau. Défait, Obama trouve malgré tout son cri de guerre, repris en cœur par ses milliers de supporteurs: «Yes we can» (oui nous pouvons). Will.I.Am (des Black Eyed Peas) en fera une chanson.
Le statut quo. La moitié du pays vote, c’est LE jour censé faire tout basculer. Il n’en est rien. Dans une course à deux (tous les autres ont jeté l’éponge) Obama remporte plus d’états, mais Hillary les plus importants (Californie et New York). Au niveau des délégués, c’est la quasi égalité. On commence à s’inquiéter dans le camp démocrate: si ca continue comme ça, ce seront les Super délégués, ces cadres démocrates, qui devront faire pencher la balance fin août.
11 à la suite. Louisiane, Maryland, Virginie… Rien n’échappe à Barack Obama. Deux raisons majeures: certains états où la démographie l’avantage (importante population noire); mais surtout, les caucus. Dans ces scrutins (et à l’inverse des primaires) les électeurs ne votent pas à bulletins secrets mais doivent se rassembler puis se séparer en groupes. Un processus assez folklo où Obama fait parler son point fort: sa campagne grassroots, avec des militants locaux ultra mobilisés qui enterrent les supporteurs de Clinton sur le porte à porte et sur la levée de fonds.
Une primaire, c’est jamais très sport. Mais en cette fin février, le climat devient délétère. Le blogueur Matt Drudge diffuse une photo d’Obama en habit traditionnel Somali (prise lors d’une visite au Kenya), censée circuler dans le staff de Clinton. Elle jure n’y être pour rien et dit ne pas voir pourquoi Obama aurait honte d’une telle photo. Dans la foulée, elle s’attaque à «l’inexpérience d’Obama et sa capacité à diriger le pays» avec la fameuse pub ultra anxiogène «Il est 3 heures du mat à la Maison Blanche, vos enfants dorment, le téléphone sonne, une crise éclate dans le monde, qui voulez vous au bout du fil ?».
Des amis, c’est parfois embarrassants. Suite à la diffusion de prêches enflammés du pasteur Jeremiah Wright contre une «Amérique dirigée par des riches hommes blancs», Obama se trouve en position difficile.
Le révérend Wright l’a marié, a baptisé ses filles, et si Barack condamne les propos, la polémique continue d’enfler. Le 18 mars, il réagit avec un long discours sur la question raciale (A more perfect union), très largement salué comme courageux. Le feuilleton Wright se termine –pour l’instant– fin mai, quand Obama décide de quitter définitivement la paroisse de la Trinité, à Chicago.
Mi-avril 2008: Le bittergate
Armes et religion, terrain dangereux. En campagne en Pennsylvanie, Obama lâche qu’après «huit ans de Bush et une situation économique sinistrée», il n’est pas surprenant que les petites gens «soient amers et se raccrochent à leur fusil et à la religion». Les critiques pleuvent, de la part de Clinton et de McCain. «Déconnecté et élitiste», reviennent le plus souvent. Les électeurs sanctionnent.
Il l’a fait. Hillary Clinton s’est battue jusqu’au dernier soir mais doit féliciter son adversaire. Les primaires sont terminées, et avec les ralliements en cascade des Super délégués, Obama a l’investiture mathématiquement assurée. Hillary fait son deuil et suspend sa campagne cinq jours plus tard. Elle promet d’investir toute «sa force et sa passion» derrière Obama. Rendez vous le 4 novembre. usa2008