De notre correspondant à Los Angeles
Garry South est un vieux briscard de la stratégie politique. Impliqué dans plusieurs présidentielles depuis 1972 pour les démocrates, il décroche le prix du “Campaign Manager of the Year” en 1998, pour son travail sur l’élection du gouverneur de Californie Gray Davis. Il livre son point du vue sur l’élection, qu’il suit cette fois-ci en simple observateur.
Quel impact sur la campagne ont les conventions et le choix du vice-président?
Traditionnellement, marginal. Mais cette élection ne ressemble à aucune autre. Si McCain était élu, ce serait le plus vieux président de l’histoire. Si c’est Obama, le premier président noir-américain. C’est la première fois depuis 1928 qu’aucun des candidats n’est le sortant ou le vice-président. Les vieux schémas ne s’appliquent pas. Le vice-président sera amené à jouer un rôle sans doute plus important qu’auparavant. [lire son point de vue sur Joe Biden
Quel sera l’atout décisif pour Obama. Qu’il soit plus précis sur l’économie?
Mettre un peu plus de chair sur son mantra de changement, oui. Mais dans une présidentielle, les gens ne votent jamais pour celui qui a le meilleur plan en 39 points sur l’assurance maladie. Ils votent d’abord pour une personne. En 1980, Reagan a broyé Carter. Vous aviez un acteur de série-B face au président sortant. Il a été élu, en résumé, en disant qu’il baisserait les impôts, que l’Union soviétique était maléfique.
Le premier débat entre Obama et McCain sera capital. Reagan était plus vieux mais est apparu tellement plus fringuant qu’un Carter qui semblait ne pas avoir vu le soleil depuis des années. Cette fois-ci, le contraste sera en faveur d’Obama. Et s’il peut être assez précis sur l’économie et montrer que McCain ne ferait que poursuivre la politique catastrophique de Bush, un président plus impopulaire que Nixon au moment de sa démission, il aura fait un grand pas.
McCain talonne pourtant Obama, il est en tête sur plusieurs dossiers, y compris l’Irak… Etes-vous inquiet des derniers sondages?
Non. Il faut toujours prendre du recul avec les sondages, et encore plus avec ceux de l’été. Dukakis avait une confortable avance sur Bush père. Au final, il a pris une fessée. Les variations au gré de l’actualité sont logiques. Est-ce que se serait mieux si Obama avait 20 points d’avance? Très certainement. Mais quand on voit comment le pas s’est divisé lors des deux précédents scrutins, il serait naïf de croire qu’Obama ou McCain aura la victoire facile.
McCain a été incisif lors de la crise géorgienne. Obama, en vacances à Hawaï, plus mou. Erreur de débutant?
Il est toujours réducteur de chercher une seule origine à un mouvement dans les sondages. Les deux candidats ont fait et feront des erreurs. Maintenant, la réaction d’Obama ne l’a sans doute pas aidé.
Craignez-vous les attaques en-dessous de la ceinture, notamment sur ses origines?
Ca fait partie des recettes traditionnelles républicaines. Mais John McCain ferait mieux d’y réfléchir à deux fois. La publicité comparant Obama à Paris Hilton et Britney Spears est assez enfantine. On est en droit d’attendre mieux de la part d’un candidat qui a toujours mené des campagnes assez respectables. Hillary Clinton a tenté une campagne très négative. Et au final, on sait qui est le nominé. Quant au fait qu’Obama soit noir, cela jouera sans doute moins que l’âge de McCain dans l’électorat.
Les démocrates ont-ils tiré les enseignements des deux défaites en 2000 et 2004 ?
Attention, une présidentielle, c’est avant tout la campagne d’un candidat. En 2004, Kerry ne perd pas à cause des livres écrits contre lui ou d’un spot télé. Les mots sont sortis de sa propre bouche: «J’ai voté pour» l’enveloppe de 87 milliards de dollars pour supporter les troupes «avant de voter contre». Les républicains ont ensuite eu la partie facile pour le faire passer pour une girouette. Idem, il aurait dû être mieux préparé à défendre ses états de service militaire. Il s’est tiré une balle dans le pied tout seul. Obama devra être plus vigilant. usa2008