USA 2008 - Sur le papier tout semblait réuni pour qu’il gagne, mais...
De notre correspondant à Los Angeles
Obama peut-il ne
pas gagner? Il a écarté de la course à la Maison Blanche l’adversaire le plus coriace: Hillary Clinton. Son armée de petits donateurs continue de grandir (d’après le staff, ils viennent de passer
le cap des deux millions de contributeurs). Et à coup de 50 millions de dollars levés chaque mois, il va disposer d’une cagnotte bien plus conséquente que John McCain.
Ajoutez à ça un euro trip fin juillet digne d’une tournée des Rolling Stones, et des visites sans faute en Israël et en Irak pour muscler son CV à l’international –bien renforcé par le choix de Joe Biden comme running mate. Sans parler du bilan boulet de Bush, entre une crise de l’immobilier et l’essence au plut haut qui font de l’économie le thème central de l’élection. Sur le papier, la voie semble donc royale pour l’enfant d’Hawaï, qui fait campagne sur les thèmes du changement et de l’espoir, avec son fameux slogan «Yes we can» (Oui, on peut).
Quasi égalité dans les sondages
Sauf qu’une élection, ça ne se gagne pas en électrisant 200.000 personnes à Berlin. Obama a peut-être charmé le reste du monde, les people et les journalistes, mais la Maison Blanche se conquiert à domicile, y compris au Midwest ou dans la Bible Belt. Et dans les derniers sondages nationaux, McCain le talonne -l'histoire a cependant montré le peu de fiabilité des sondages estivaux quant au résultat final.
Lors des primaires, Obama a réussi à se constituer une base solide et dévouée, principalement dans la population noire, chez les jeunes et les plus diplômés. D’ici à novembre, son principal challenge sera de faire le plein dans l’électorat d’Hillary --blue collars (ouvriers) et séniors. En résumé, réussir à se défaire de cette image de candidat d’une élite libérale.
Pointu, précis
Pour remporter les swing states comme la Pennsylvanie ou l’Ohio, Obama devra surtout éviter de s’égarer sur les armes ou la religion comme lors du bittergate. S’assurer également que ses placards ne contiennent pas d’autres Jeremiah Wright, et que les discours engagés de se femme ne le desservent pas. Réussir aussi se refaire une virginité bien écornée par quelques revirements opportunistes, notamment sur le financement de sa campagne ou l’offshore drilling.
Enfin et surtout, il devra prouver qu’il peut être précis sur les dossiers. L’Irak sera un challenge inattendu: alors qu’elle était son point fort (il promet de ramener les boys à la maison en 16 mois), l’opinion semble désormais faire davantage confiance à McCain pour gérer la situation. Idem sur la crise géorgienne, que McCain a fait fructifier à plein, se posant comme un commander-in-chief plus convainquant aux yeux de l’opinion.
En face, des Karl Rove et consorts n’hésiteront pas à exploiter avec talent la moindre faiblesse. John Kerry, battu sans gloire en 2004, s’en souvient encore. La route pour devenir le premier Président noir des Etats-Unis s’annonce encore longue. usa2008
Philippe Berry, à Los Angeles