Les conventions, comment ça marche?

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Publié le 25 août 2008.

USA 2008 - La saison des conventions commence aujourd'hui. Guide pratique

De notre correspondant à New York

Cette année, c'est les démocrates qui ouvrent le bal des conventions à Denver, dans le Colorado, de lundi jusqu'au 29 août. Les républicains, eux, tiennent la leur du 1 au 4 septembre. USA2008

Un peu d’histoire
Les conventions remontent au début du 19° siècle, après la formation des premiers partis américains (fédéraliste –celui John Adams–; républicains jeffersoniens; le parti démocrate –sous la houlette d’Andrew Jackson–; les Whigs).
Bon à savoir pour un Trivial Pursuit: le système des conventions remonte à 1831 (lors de la convention du parti anti-maçonnique, à Baltimore, dans le Maryland).
La première convention démocrate s’est tenue en 1832. Celle du parti républicain moderne, né en 1854, s’est tenu en 1856 (le premier président républicain sera Abraham Lincoln en 1861).

>>> Le best of des conventions, c'est ici>>>

A quoi ça sert?
L’expression «show à l’américaine» aurait pu être inventée juste pour les décrire: paillettes et belles images, suspense (le couple Clinton volera-t-il la vedette aux Obama? Le film de guerre de John McCain arrivera-t-il à faire oublier le mauvais western des huit dernières années?), envolées lyriques... Elles ont plusieurs objectifs: nominer formellement les candidats à la présidence et à la vice-présidence; rassembler le parti derrière une plateforme (pour celle des démocrates, c’est ici en PDF, celle des républicains est en cours d'élaboration); gérer les rapports de force à l’intérieur du parti. Le tout ayant vocation à booster la candidature de son poulain à renforts de confettis, de supporters déchaînés et de chapeaux colorés.

Où aller?
Mieux vaut un lieu symbolique: la Nouvelle-Orléans ou Atlanta quand on veut reconquérir le sud, Detroit ou Chicago quand on veut renouer avec l’électorat ouvrier... Côté pratique, la ville choisie doit avoir suffisamment de capacité hôtelière (200 hôtels ont été réquisitionnés à Denver) pour accueillir les hordes de membres du parti, de journalistes et d’observateurs.
Cette année, démocrates comme républicains ont choisi des «swing states» susceptibles de virer de bord et de basculer dans leur besace: respectivement le Colorado et le Minnesota.

Qui vote pendant une convention?
Pas simple de s’y retrouver, surtout chez les démocrates. Après avoir longtemps été décidées par les gros bonnets du parti à l’abri de bureaux clos et enfumés, les conventions ont graduellement donné davantage de pouvoir aux délégués. Ceux-ci sont pour la plupart élus au niveau local par les membres du parti. Leur poids et leur nombre sont déterminés à l’échelle de chaque Etat, en fonction de son vote lors des primaires, de son poids dans le collège électoral, le tout pondéré par un bonus-malus en fonction de son vote lors des trois élections présidentielles précédentes. Pour compliquer la chose, les démocrates ont ajouté des «super-délégués», officiels du parti qui peuvent peser en faveur d’un candidat.

En tout, 4.440 délégués vont voter à la convention démocrate, 2.380 chez les républicains.

Comment se déroule une convention

• Les deux premiers jours:
C’est plutôt formel: les notables du parti lancent les discours de bienvenue. Cette année, c’est Michelle Obama qui présentera son candidat de mari (la famille peut intervenir: Bush senior fut introduit par sa fille en 1988). Les comités déterminant les règles du parti en termes de vote des délégués et de déroulement de l’événement viennent au rapport.
Le temps fort revient au «keynote speaker»: une étoile montante ou une figure du parti prend la parole pour donner le ton de la convention et de la campagne. Mark Warner, l’ancien gouverneur de Virginie et candidat au Sénat, s’y colle cette année pour les démocrates (pour les républicains, il s'agit de Rudy Giuliani, l'ancien maire de New York et candidat malheureux). En 1988, l’honneur était revenu à un jeune gouverneur de l’Arkansas nommé Bill Clinton et en 2004, à un sénateur de l’Illinois, un certain Barack Obama. Hillary Clinton prendra la parole le deuxième jour, Bill Clinton le lendemain.
Le deuxième jour est consacré à la négociation puis l’adoption d’une plateforme qui reflète la ligne politique et les priorités du parti.

• Le troisième jour
C’est l’heure du «roll call vote» (vote par appel nominal): le secrétaire de la convention appelle les délégations de chaque Etat. Pour chacune d’entre elles, un représentant annonce leur vote. Le candidat a besoin de la majorité des votes pour décrocher la nomination. Il s’agit normalement d’une formalité, sauf en cas de division importante du parti (ce fût le cas en 1976, où Reagan tenta d’empêcher la nomination de Ford, ou en 1980, quand Ted Kennedy tenta de faire le même coup à Jimmy Carter). Cette année, pour cautériser les plaies des primaires démocrates, un «roll call vote» permettra aux délégués qui le souhaitent de manifester leur soutien à Hillary Clinton.

• Le quatrième jour
Un petit film biographique vient rappeler la vie et l’œuvre du candidat. Celui-ci, après avoir laissé la parole à une figure du parti (Al Gore, cette année côté démocrate) et son running mate, prononce son discours d’intronisation. A la fin, youpi, c’est l’heure du lâcher de ballon.
(Pour les programmes précis: voir ici pour les républicains et pour les démocrates.)

Comment créer une ambiance réussie?
Depuis 1952, les conventions sont diffusées à la télévision, laissant nettement moins de place publique aux négociations internes au parti et davantage au spectacle. Et cette année, pour trouver des stars, il vaut mieux aller à Denver: on annonce Madonna, Kanye West, Cyndi Lauper, les Black Eyed Peas, Scarlett Johansson, Susan Sarandon, Gywneth Paltrow, Matt Damon, Ben Affleck et Matt Damon... Côté républicain, c’est les Beach Boys (enfin, ce qu’il en reste) qui ouvriront le bal, c’est dire si l’atmosphère est moins au clinquant hollywoodien qu’à une aimable réunion au coin du feu bercée de country and western: à l’affiche Gretchen Wilson (que l’on surnomme “Redneck Woman”), Cowboy Troy, les Bellamy Brothers ou le Charlie Daniels band. Mais attention, trop de glamour peut vous plomber l’atmosphère: rien de tel pour avoir l’air déconnecté des préoccupations de l’électeur de base.
Gilles Bouvaist, à New York
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