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Pakistan: les raisons de la démission de Musharraf

Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, pendant sa cérémonie d'adieu, le 18 août 2008, jour de sa démission
Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, pendant sa cérémonie d'adieu, le 18 août 2008, jour de sa démission/Farooq Naeem AFP

CRISE - Le président du Pakistan a annoncé lundi qu'il démissionnait, à la veille d'une procédure de destitution annoncée par son gouvernement...

Il a finalement rendu les armes. Près de neuf années après avoir pris le pouvoir, Pervez Musharraf s’est finalement résigné à quitter le palais présidentiel. «Après avoir considéré la situation et consulté divers conseillers en droit et alliés politiques, j'ai décidé de démissionner», a déclaré le chef de l'Etat pakistanais lors d’une allocution télévisée. Il devance la procédure de destitution lancée contre lui par la coalition gouvernementale, qui devait débuter ce mardi. Explications.

Le désaveu de la population

Pervez Musharraf avait vu sa cote de popularité s’effondrer définitivement depuis la déclaration de l’état d’urgence en novembre 2007 et la mort de Benazir Bhutto en décembre. Une grave crise économique touche également un pays où les inégalités de richesse se sont aggravées.

«Il avait dit qu’il démissionnerait si les élections législatives, en mars dernier, n’étaient pas favorables à son parti, explique Mariam Abu Zahab, chercheuse au Ceri et spécialiste du Pakistan. Les élections se sont transformées en référendum anti-Musharraf.»

Mais une fois réunis au sein de la coalition gouvernementale, les deux leaders de l’opposition, Asif Ali Zardari le veuf de Bhutto et chef de file du Parti du peuple pakistanais (PPP) et l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif, pour la Ligue musulmane du Pakistan, n’arrivent pas à se mettre d’accord et les tractations s’enlisent. Jusqu’au 7 août dernier, où une procédure de destitution est finalement lancée. Le Parlement pakistanais devait détailler ce mardi les chefs de «mauvaise administration et violation de la Constitution» visant Pervez Musharraf. L’ancien membre des commandos pakistanais a pris de vitesse cette annonce.

Sauver la face

«Musharraf allait démissionner, la question était de savoir quand, explique Mariam Abu Zahab. Cette procédure aurait été très humiliante, elle aurait duré des semaines, voire des mois. Il y aurait eu probablement un grand déballage.»

Pourquoi Musharraf a-t-il démissionné maintenant? La destitution passait par un vote avec la majorité des deux tiers à l’Assemblée et au Sénat, où les partisans de Musharraf étaient encore nombreux. Mais le désormais ex-Président a senti que le vent avait tourné et que ses amis l’avaient abandonné. «Les assemblées territoriales ont commencé à évoquer la destitution. Musharraf a vu, par exemple, que 26 des députés de l’assemblée du Penjab qui lui étaient favorables ont quitté son navire», explique Mariam Abu Zahab.

On peut penser que la coalition gouvernementale a obtenu cette démission en échange de quelques contreparties. «Musharraf a clairement négocié son immunité, dit Mariam Abu Zahab. Nawar Sharif, ces derniers mois, était dans une logique de vengeance, il voulait le faire juger.» Musharraf, qui craignait l’exil, s’est ménagé un rôle de spectateur privilégié de l’avenir politique du Pakistan.

Une armée qui joue la neutralité...

Musharraf ne pouvait déclarer une nouvelle fois l’état d’urgence, l’armée ayant décidé de rester en retrait. Depuis décembre 2007, Musharraf n’est plus le chef d’état major, et son successeur, un général pro-américain, a décidé de ne pas se mêler des affaires d’Etat. Pour l’instant. « C’est un repli tactique, dit Mariam Abu Zahab. En cas d’instabilité politique importante, elle est prête à revenir dans le jeu.»

Son pouvoir a été renforcé sous Musharraf, qui a nommé beaucoup de ses hommes à des postes importants. Et dans un pays qui, depuis son indépendance en 1947, a été dirigé plus de la moitié du temps par des militaires, le pouvoir civil, qui vient juste de renaître, reste une lueur fragile.

On notera enfin que Musharraf a été lâché par son traditionnel allié américain. Lors d’une conférence de presse, dimanche, Condoleezza Rice a rappelé que l’état d’urgence avait été prononcé en novembre 2007 contre l’avis américain. Musharraf, longtemps considéré comme une solution aux problèmes dans la région, était devenu ces derniers mois une partie du problème.
M. Gr.
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