JO2008 - Le judo féminin français devait tout rafler à Pékin, pour l'instant il ne gagne rien. Pourquoi ça ne marche pas?
De notre envoyé spécial à Pékin
L’image est saisissante.
Barbara Harel quitte le tatami, puis s’engouffre dans les couloirs du Dojo de Pékin. Elle éclate alors en sanglots, aussi bruyamment qu’une enfant. La judokate file pour échapper aux regards, ses deux mains dissimulent presque entièrement son visage, qu’on devine rougi par ses pleurs.
Ce lundi soir (19h à Pékin, 13h à Paris), Barbara Harel, 31 ans, vient de laisser échapper bêtement la médaille de bronze des moins de 57kg, elle qui avait réussi un parcours extraordinaire jusque-là. Une défaite inattendue concédée sur un contre alors qu’elle dominait nettement son combat face à la Chinoise Xu.
La meilleure équipe du monde selon Douillet
Observer une judokate française effondrée, cela n’a rien d’inhabituel dans les parages. Samedi, Frédérique Jossinet, médaille d’argent à Athènes,
est éliminée au premier tour des moins de 48kg en 25 secondes par une Kazakh largement à sa portée. Rebelote dimanche avec Audrey La Rizza, sortie au premier tour des moins de 52kg.
Et dire que David Douillet répète que l’équipe de France féminine est «la meilleure du monde». L’ancien champion a pronostiqué avec la compétition que ses combattantes pouvaient espérer réaliser un grand chelem, en gagnant toutes une médaille.
Quelques minutes après le combat perdu d’Harel, Brigitte Deydier, la directrice technique nationale, très proche des larmes elle aussi, ne voit pas de lien entre toutes ces trois désillusions. Et assure ne pas craindre de spirale négative: «Chaque membre de l’équipe se prépare seul, reste concentré sur sa propre préparation.»
Mieux, Deydier ressent «une confiance générale dans l’équipe parce que tout le monde se sent bien préparé». Elle rappelle aussi prudemment: «
Moi, je n’ai jamais parlé de médaille pour toutes les filles. J’ai parlé de quatre médailles en tout, garçons et filles confondus.»
L’entraîneur française très abattue
Benjamin Darbelet en argent depuis dimanche, restent trois médailles à gagner. Le judo féminin a peut-être mangé son pain noir.
Lucie Décosse , en lice mardi, Gévrise Emane et
Anne-Sophie Mondière sont des espoirs de médailles plus importants que ne l’était Harel.
Un beau parcours de leur part consolerait Cathy Fleury. L’entraîneur française semble vivre un cauchemar depuis le début des Jeux.
Elle aussi très abattue, elle se désole: «Ce que je viens de vivre avec Barbara est le moment le plus difficile de ma carrière d’entraîneur. Elle pouvait espérer l’or, le tableau était grand ouvert depuis qu’elle avait battu les championnes du monde et olympique en titre. C‘est une catastrophe.» Vivement demain.
Stéphane Colineau