- Salut Anis, ça faisait longtemps ! Alors Hafiz tout s'est bien passé mon frère ?
- Oui, les Blacks sont là!
- Content de te voir cousin, suis-je intervenu. Mais qu'est ce que c'est que ce plan de merde? Et c'est qui ces mecs?
Rachid a l'air gêné.
- C'est-à-dire… il y a des complications…
- Quelles complications ? Moi je n'ai rien contre les réunions familiales mais, si vous avez organisé tout ce bordel juste pour vous revoir entre cousins, je sens que je ne vais pas apprécier du tout! Elle est où la C. ?
Pendant ce charmant dialogue, trois Noirs étaient descendus du hors-bord, et après nous avoir vaguement salués Mounir et moi, ils s'étaient directement dirigés vers les Blacks de la plage avec lesquels ils discutaient, visiblement en Anglais avec un fort accent. Mounir s'approche de Rachid.
- T'as des explications? Tu fais le passeur aussi ?
- Les mecs du bateau sont les Nigérians avec qui on devait faire le deal …
- Je n'aime pas du tout ton "devait" !
- Entre le moment où j'ai contacté Anis et maintenant, ces bâtards ont été approchés par des Jamaïcains de Londres, ceux qui sont là bas dans le 4x4. Ces enculés proposent un meilleur prix, à peu près dix milles euros le kilo, donc les Africains nous mettent en concurrence. Et vu que ces fils de pute parlent la même langue ils sont foutus de s'entendre dans notre dos.
- De toute façon, c'est toi qui gères les bateaux pour la traversée ?
- Ils s'en battent les couilles de mes bateaux, ils veulent faire monter la coke par cargo jusqu'à Liverpool.
- Et toi tu les aides ! C'est bien ton petit frère qui leur sert de chauffeur ?
- Ce n'est pas ça, ils veulent négocier à trois partie là bas au Maroc, ils n'aiment pas l'Europe … trop de flics. Donc ça va se faire chez nous. T'inquiètes, là bas on est les plus forts, on leur mettra la pression.
Mounir réfléchit quelques secondes en caressant la crosse de son Ruger. Le plan de Rachid est naze mais me convient. Là haut dans le Rif, on serait en famille et ces putains de blacks seraient isolés, une bien meilleure solution que de s'artiller de nuit sur une plage espagnole. Parce que, si de notre côté, nous avions une puissance de feu raisonnable, je suis sûr que les Yardees* n'étaient pas venu qu'avec des clopes dans leurs poches. Notamment le grand avec des dreads, qui nous toise avec un air supérieur. Il porte sa main à l'arrière de sa ceinture d'une manière qui rend évidente la présence d'une arme de poing, un calibre automatique ou un petit pistolet-mitrailleur. Ces enfoirés de Jamaïcains n'ont pas la réputation d'être des enfants de choeur. L’autre avantage que je voyais de régler ça au bled : Mon cher Mounir sera le seul Algérien au milieu de Marocains, qui plus est de ma famille … si ça partait en couille il devrait avaler la pastille. Par contre je serais tricard à vie de Villeneuve.
- Bon d'accord on y va, dit Mounir résigné.
- Vous venez, toi et Anis. Le reste des gars et les voitures suivront Hafiz en lieu sûr jusqu'à votre retour.
La traversée, nocturne et à grande vitesse, est un véritable plaisir rafraîchissant après ces longues heures de route et ces moments de stress. Seul défaut, le vent et le bruit des moteurs couvrent le son de mon lecteur MP3; Haendel couvert par du bruit … déprimant. On arrive sans encombre en vue des côtes du Maroc. Maintenant il allait falloir jouer serrer pour doubler les Blacks.