Enfants oubliés dans une voiture: «Le fait que cela soit arrivé à deux pères pose question»

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Publié le 23 juillet 2008.

INTERVIEW - Le psychiatre Serge Hefez revient sur les deux drames survenus à quelques jours d'intervalle...

Le 16 et le 22 juillet, deux enfants oubliés par leur père dans la voiture sont morts de déshydratation. L'été dernier, un drame similaire avait eu lieu à Béziers. Le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez tente de décrypter ce qui peut être à l'origine d'un tel oubli.

Dans la majeure partie des cas, l'enfant est oublié par son père. Un hasard?


Sans doute que non. On a d'ailleurs du mal à imaginer, à tort ou à raison, que cela puisse arriver à une mère. Il y a quelque chose de continu dans la conscience maternelle de l'enfant, alors que chez le père, cette préoccupation est plus discontinue. Il s'agit d'un phénomène social et culturel et absolument pas génétique. J'ai connu des pères seuls qui avaient acquis les mêmes réflexes qu'une mère. Mais de façon générale, on ne peut pas dire que les mères et les pères pensent leurs enfants de la même manière. Quel que soit le degré de proximité du père avec son enfant, quand il est au boulot, il est au boulot, quand il fait du sport, il fait du sport. La société autorise les hommes à compartimenter davantage leur vie.

Mais de là à en arriver à de telles extrémités... Quels sont les autres facteurs qui peuvent conduire un homme à oublier son enfant?

Ils sont multiples. Il y a chez ces pères une possibilité d'amnésie et une capacité de déni de la réalité plus importantes sans doute que chez les autres. La cause réside dans l'histoire particulière de chacun, avec peut-être une problématique autour du lien, un sentiment ambivalent à l'égard de l'enfant. Il y a peut-être aussi quelque chose qui se joue autour du travail, investi comme LE domaine où l'homme est en responsabilité. Il peut y avoir un degré d'absorption tel que ce dernier en occulte la présence de son enfant dans la voiture.

Comment se reconstruire après un tel évènement?

Avant la reconstruction, il y a d'abord toute la procédure judiciaire, inévitable. Dans l'absolu, je ne pense pas qu'on puisse se remettre de quelque chose comme cela. Sauf si on parvient là encore à cliver sa vie et à oublier. Mais dans ce cas, on est clairement dans la pathologie. Après, qu'il s'agisse du père tout seul ou du couple, il n'y a que le temps qui puisse faire son oeuvre.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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