Les photos de deux fillettes roms noyées créent la polémique en Italie
Créé le 23.07.08 à 14h31
Mis à jour le 23.07.08 à 15h04
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MEDIAS - Elles donnent à voir l'indifférence de vacanciers sur une plage napolitaine...
Au premier plan, deux corps gisent sur le sable, mal recouverts par des serviettes de bain. Au second plan, un couple venu prendre le soleil regarde, «l'air» indifférent. C'est ce que donne à voir l'une des photos qui créent la polémique en Italie et en Europe, après la noyade de deux fillettes roms sur la plage de
Torregaveta (côte napolitaine), samedi dernier.
Il fait très chaud ce jour-là. Quatre gamines du camp de roms de Secondigliano, le plus important d'Italie, décident de se baigner malgré les forts courants et le fait qu'elles ne sachent pas nager, raconte
«La Republicca». Elles se font emporter. Deux baigneurs, alertés par leurs cris, plongent à leur rescousse. Ils parviennent à sauver la fillette de 8 ans et l'ado de 15 ans, mais pas Violeta et Cristina Ebrahmovich, âgées de 11 et 12 ans, emportées au loin par une grosse vague. Les secours et les pompiers, qui les retrouvent un peu plus tard, ne parviennent pas à les réanimer.
«Nous avons récupéré les corps dans l'indifférence générale»
Ce sont les évènements qui suivent qui créent la polémique. Ou plutôt les non-évènements. Plusieurs clichés diffusés par la presse, dont le site français
«Arrêt sur images» publie une grande partie (contenu payant), montrent des vacanciers qui restent assis ou allongés sur leur serviette ou leur transat, dans une attitude qui semble passive.
Indifférence face à la mort, racisme italien à l'égard de la communauté rom? Chaque média y va de son interprétation. Témoignage à l'appui. Ainsi, «la Republicca» cite le récit d'un ambulancier: «Les corps sans vie reposaient sur le sable et, à quelques mètres de là, les vacanciers continuaient à pique-niquer et à prendre le soleil. Nous avons récupéré les corps dans l'indifférence générale.» D'une façon générale, la presse italienne voit plutôt dans ces clichés la preuve de la montée de l'individualisme et une manifestation d'inhumanité, comme le relève notamment le Cardinal Sepe.
Le quotidien britannique
«The Independent», lui, n'hésite pas à y voir le signe que les Italiens «n'éprouvent plus de sentiments humains pour les Roms», se référant au recensement actuel des membres de cette communauté en Italie, mineurs compris. Un avis partagé par Enzo Esposito, trésorier d'une association d'aide aux nomades, Opera Nomadi, cité par le journal. Selon lui, «la façon dont les gens ont continué à bronzer, pendant trois heures, à quelques mètres seulement des corps» est scandaleuse. «Ils auraient pu changer de plage. Cela montre un manque criant de sensibilité et de respect.»
Des vidéos qui montrent une autre réalité
Problème, certaines images montrent une réalité sensiblement différente. Sur l'une d'entre eux, on voit les vacanciers entourant le cercueil, l'air plus préoccupés que ne le suggèrent d'autres photos. Par ailleurs, selon deux photographes
consultés par Libe.fr, «les images donnent l'impression que les vacanciers sont tout près, ce qui ne semble pas être du tout le cas sur la vidéo». Une vidéo provenant du site Internet
«video comunicazioni», ainsi qu'une autre diffusée sur Daily Motion, montre en effet que les baigneurs sont la plupart debout et attroupés ou assis mais assez loin de la scène. Les vidéos, à l'inverse des photos, montrent aussi la présence des secours. Ainsi, comme le souligne «Arrêt sur images», la passivité apparente des touristes semble-t-elle moins monstrueuse.
L'affaire risque en tout cas de relancer le débat sur la politique du gouvernement Berlusconi à l'égard des Roms,
récemment dénoncée par le Parlement européen.
C. F.
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