Gilles Carrez: «Eric Woerth a la main sur les dépenses, mais pas sur les recettes»
Créé le 16.07.08 à 18h37
Mis à jour le 16.07.08 à 20h11
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POLITIQUE – Le rapporteur général du budget de l’Assemblée nationale revient sur ses propos dans la vidéo postée sur le blog d’Alain Lambert...
«Eric Woerth est un ministre croupion. Je le lui ai dit. Il n'a le droit de ne s'occuper que de la colonne dépense.» La petite phrase du très sérieux
Gilles Carrez, député UMP, rapporteur général du budget, fait couler beaucoup d’encre.
Dans une vidéo filmée par le sénateur UMP Alain Lambert, il se montre très inquiet sur le dérapage des dépenses publiques et se laisse aller à quelques remarques saignantes. Au-delà du buzz Internet généré par cette vidéo, Gilles Carrez explique posément ce qu'il a voulu dire.
Vos tenez des propos peu diplomatiques sur la vidéo d'Alain Lambert. Est-ce une vidéo «off»?
C'était une discussion de couloir. Alain Lambert filmait avec un appareil photo mais je ne savais pas que ça allait se retrouver sur Internet. Je dis qu'Eric Woerth est «un ministre croupion» mais c'est un mot mal choisi. J'aurais plutôt dû parler d'un ministre unijambiste: il n'a la main que sur les dépenses et pas sur les recettes, qui sont sous la responsabilité de Christine Lagarde. Quand vous gérez un foyer, vous regardez à la fois la colonne des dépenses et celle des recettes.
Concrètement quel problème cela pose t-il?
Nous avons maintenant une règle très dure pour maîtriser les dépenses: d'une année à l'autre, les crédits publics ne peuvent augmenter au-delà du rythme de l'inflation. En 2009, les 7 milliards d'euros de marge de manoeuvre dégagés par la forte inflation seront absorbés à 90% par des dépenses contraintes (charges de la dette, pensions des fonctionnaires…). Donc il ne reste quasiment rien pour les différents ministères. Les ministres se disent alors: «ce que je ne peux faire avec des crédits budgétaires, je vais le faire avec des réductions d'impôts». Les niches fiscales se multiplient et dérapent parfois.
Vous avez un exemple?
Les crédits affectés à l'écologie et au développement durable sont en baisse [de 8,2% dans le budget 2008-2011, ndlr], je crains que des mesures issues du Grenelle de l'environnement soient financées par de nouvelles exonérations d'impôt. C’est pourquoi je tire la sonnette d’alarme. Ces crédits d'impôt ne passent pas vraiment à la moulinette des différents ministères, dont Bercy, afin d'être correctement évalués. C'est décidé trop vite.
Ainsi le crédit d'impôt au titre des travaux écologiques dans le logement représentait un manque à gagner de 900 millions d'euros en 2006. En 2009, il devrait représenter un trou de 2,4 milliards d'euros, soit presque trois fois plus. Il n'était pas prévu que les Français se ruent à ce point sur les chaudières à condensation, les fenêtres isolantes et autres pompes à chaleur.
Comment maîtriser ces niches fiscales?
J'en ai récemment discuté avec mes collègues allemands. Ils ont eu le même problème que nous et ont décidé de transformer ces niches fiscales, qu'ils ne maîtrisaient plus, en subventions. Une enveloppe d'aide fiscale est budgétée et on ne peut pas la dépasser. C'est une idée qu'il faudrait appliquer en France.
Dans la vidéo d'Alain Lambert, vous évoquez une possible exclusion de la zone euro, si les déficits de la France continuent à déraper…
C'était bien sûr une boutade, je ne le pense pas. Ce que je dis, c'est que nous sommes le seul pays – avec la Grèce – à ne pas avoir amélioré sa situation en 2007. Nous nous écartons de la trajectoire des autres alors que nous étions en phase d'amélioration en 2006. Du fait de la campagne présidentielle et des inévitables promesses, nous avions prévu une pause en 2007. Mais nous avons eu une dégradation des finances publiques: 2,7% du PIB de déficit contre 2,5% en 2006. C'est très préoccupant.
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