FUITE – Quatre points de pollution décelés dans la nappe phréatique ne peuvent pas être expliqués par le rejet accidentel de l'usine Socatri du Tricastin...
Le mystère autour de l’uranium décelé dans les nappes phréatiques proches de l'usine Socatri du Tricastin tient en quatre points. Quatre points où la concentration en uranium
dépasse largement la normale mais ne peuvent être expliqués par la fuite accidentelle du 7 juillet, affirme mercredi l'
Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
Un certain nombre de points anormaux avaient été mis en évidence, lors de mesures réalisées à l'automne 2007. Ils ont fait l'objet d'un rapport présenté aux autorités le 4 juillet 2008. Ces points n'ont aucun lien avec la fuite d'effluents contenant 74 kg d'uranium naturel à la Socatri dans la nuit du 7 au 8 juillet, a précisé l'adjoint au directeur de l'environnement de l'IRSN, Jean-Christophe Gariel. Dans la zone incriminée, explorée à l'automne 2007, «on a des teneurs en uranium supérieures à celles qu'on observe» à l'ouest ou au sud du site du Tricastin, zone où la fuite s’est répandue, a-t-il fait remarquer.
Un passé militaire
«Une hypothèse est qu'il aurait pu y avoir dans le passé, des marquages antérieurs», des sources radioactives, selon Jean-Christophe Gariel. Si l’origine de ces marquages n’est pas connue pour l’instant, le responsable de l’IRSN rappelle qu’un site nucléaire civil ancien, avec «une activité militaire récurrente durant ces 30 à 40 dernières années» était à cet endroit. Des déchets
ont été enfouis de 1964 à 1976 sous une butte de terre située dans le nord-est du site. Mais l’institut reste prudent. «Etablir des relations de cause à effet entre telle ou telle installation et le marquage n'est pas immédiat, cela va demander des investigations relativement poussées dans le futur», précise Jean-Christophe Gariel.
L'hypothèse est également balayée par le
directeur de l'Autorité de sûreté nucléaire de défense, Alain Girard:
«Ce qui a été observé à 1 ou 2 km au sud n'a rien à voir avec cette butte de déchets», assure-t-il. L'ancienne installation militaire ne peut être mise en cause, selon lui.
La
Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) est plus sévère. «On ne dit pas que la seule source de pollution en uranium c'est ce tertre de terre qui contient des déchets radioactifs sans protection vis-à-vis de la nappe, mais c'est une source avérée et certaine de pollution», a déclaré à l'AFP Corinne Castagnier, directrice de la Criirad.
Déchets dangereux?
Ces déchets proviennent d'activités d'enrichissement d'uranium à des fins militaires. La contamination de la nappe sous la butte a conduit, de 1980 à 1998, à son pompage à des fins de drainage. Le tertre est depuis sous surveillance, une étude ayant affirmé l'absence de risque pour la population. Ce que soutient la Socatri, qui assure que ces déchets n'ont «aucun lien» avec l'incident. La butte de terre sous laquelle ces déchets sont enfouis «ne constitue pas un risque sanitaire pour les populations», a ajouté la Socatri.
Mais la Criirad estime qu’il s’agit d’une «pollution qui a été très importante dans le passé mais qui continue lentement mais sûrement aujourd'hui et il faut y mettre un terme dans les meilleurs délais.»
Sa. C. avec agence
AREVA SUR PLACE
La patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, se rendra vendredi à l'usine pour «faire un point sur les causes de l'incident survenu le 8 juillet», a indiqué mercredi le groupe nucléaire. «Un audit interne et une inspection générale sont en cours», a-t-il précisé dans un communiqué, soulignant que «toutes les conséquences seront tirées par le groupe» et que «d'éventuels manquements» pourraient être «sanctionnés».