Inutile de faire Comme si de rien n'était, on ne peut pas écouter le troisième album de Carla Bruni-Sarkozy en ignorant son statut de première dame de France. Quand elle chante « Je t'aspire, je t'expire et je me pâme » dans la chanson Ma came, nous savons tous de qui elle parle. Et l'image mentale, dont on ne peut faire abstraction, est celle d'une amoureuse et de Nicolas Sarkozy... La musique de Carla Bruni sort incontestablement perdante de ce bouleversement de statut : impossible de s'identifier à ses ritournelles, aussi bien troussées soient-elles.
Et pourtant, sur les quatorze titres de l'album Comme si de rien n'était, on retient sans peine cinq ou six très agréables chansons dont on aimerait parler. Les atmosphères mystérieuses de Déranger les pierres (sur une mélodie de Julien Clerc) ou La Possibilité d'une île (sur un texte de Michel Houellebecq), le titre jazzy Le Temps perdu, où elle joue au crooner désenchanté, ou sa reprise honorable de You Belong to Me, de Bob Dylan. On pourrait aussi, avec un brin de défiance vis-à-vis de madame la présidente, parler de quelques titres franchement ratés...
Par le statut désormais doublement public de ses états d'âmes (en prose dans la presse, en vers sur le disque), on lit dans Carla Bruni comme dans un livre ouvert. Et il est finalement assez passionnant de l'entendre se dépeindre en tendre amoureuse de la vie, de ses instants et de ses excès, avec une pointe de nostalgie. Hélas, une bonne chronique intime ne remplacera jamais un bon disque.