Fuite d'uranium dans le Vaucluse: des zones d'ombres persistent

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Publié le 10 juillet 2008.

DECRYPTAGE - Au lendemain de l'accident, déclarations officielles et analyses de sols se multiplient. 20minutes.fr fait le point...

Au lendemain du débordement qui a entraîné une pollution à l’uranium dans le Vaucluse, déclarations et analyses de sols se multiplient. 20minutes.fr fait le point.

La chronologie des faits
L’accident se produit «dans la nuit de lundi à mardi», selon Catherine Dalverny, responsable de communication du site, pendant une opération de nettoyage d'une cuve dans l'usine Socatri, sur le site nucléaire du Tricastin, à Bollène (Vaucluse). Environ 18m2 de liquide se répand sur le sol, où une partie est récupérée, ainsi que dans un canal adjacent, polluant ensuite les rivières La Gaffière et L'Auzon. «Vers 6h15, notre cellule de crise était en place et a prévenu la perfecture dans la foulée», ajoute Catherine Dalverny. Prévenue «dans la matinée», la préfecture alerte ensuite les mairies des trois communes autour du site nucléaire: Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône, vers 13h30, selon Marie-Claude Bompard, maire de Bollène.

Baignade et consommation d’eau interdites
Vers 16h, la préfecture prend des mesures de précaution, interdisant la consommation d'eau potable issue de captages privés sur les communes de Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône. Sont également interdites l'irrigation agricole issue des rivières contaminées, les activités nautiques et la baignade sur les plans d'eau du Trop-Long, du Baltraces (Bollène) et des Girardes (Lapalud). La pêche et la consommation de poissons de La Gaffière (y compris la partie amont située dans la Drôme), l'Auzon, la Mayre Girarde et le Lac du Trop-Long sont également interdites jusqu'à nouvel ordre.

Pourquoi prévenir aussi tard?
«Rétention d’information», affirme Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, pour qui ce laps de temps de plusieurs heures trahit en fait une volonté de dissimuler l’accident. Selon lui, «face à l’ampleur de la fuite, la Socatri a été obligée de communiquer.» Plus prudent, Bruno Chareyron, responsable laboratoire de la Criirad (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) attend le résultat de l’enquête menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). «Plusieurs questions restent en suspens: y a-t-il d’autres éléments que l’uranium dans la fuite? Où vont se déposer ces particules d’uranium et en quelles quantités? Que pourrons-nous pomper?» «La radioactivité décroît depuis hier et va encore baisser, insiste Catherine Dalverny. Mercredi après-midi, nous avons eu la confirmation d'une absence de pollution dans les lacs au-dessus du site et dans le captage des eaux privées.»

Quelle quantité d’uranium a fuité?
Selon l’ASN, qui classe l’accident en niveau 1, la concentration en uranium mesurée dans une des rivières polluées, la Gaffière, «est de l'ordre de mille fois (ce qui est) habituellement relevé». Mercredi, la société Socatri (Areva) a annoncé que la fuite est quatre fois moins importante qu’annoncée: ce ne serait pas 360 kg d'uranium naturel mais 75 kg qui ont été rejetés (soit 6,25 m3 d'effluents contenant 12 gr d'uranium par litre). «Cela représente une concentration de 2 milliards de Becquerel (unité de mesure de la radioactivité) rejetés, c’est 27 fois plus que leur autorisation annuelle de 72 millions», pointe Bruno Chareyron.

Est-ce dangereux?
Mardi soir, l’ASN a déclaré qu’«en cas de consommation éventuelle de poisson, l'impact sanitaire est très limité.» Le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, Stéphane Lhomme, n’est pas d’accord. «Les particules d’uranium ingérées peuvent se fixer sur un organe et engendrer le développement d’un cancer», a-t-il assuré à 20minutes.fr.
Sandrine Cochard et Sylvain Mouillard
PRECEDENTS

L'usine de Socatri a connu d'autres problèmes, selon la Criirad. Quelques jours avant le débordement, la commission avait pointé que «770 tonnes de déchets radioactifs été enfouis depuis plus de 30 ans à même le sol, en toute illégalité».

En 2002
, la Criirad avait également épinglé le site, constatant «un niveau anormalement élevé à proximité des clôtures du site.» Un endroit où circulaient des passants.
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