Gabriel Bernasconi: «La Chine ne va pas devenir une démocratie en trois semaines»

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Publié le 11 juillet 2008.

JO - Interview avec Gabriel Bernasconi, historien, à un mois du début des JO...

Plus qu’un mois avant le début des Jeux chinois. Gabriel Bernasconi, doctorant rattaché à l’institut Pierre-Renouvin de l’Université Paris-I a écrit «La Longue marche olympique chinoise» aux éditions Atlantica. Il décrypte pour nous cinquante ans de relations tortueuses entre la Chine et le CIO et nous explique pourquoi les Jeux sont une chance pour ce pays.

Les relations entre le CIO et la Chine ont longtemps été tumultueuses…
Oui. Après 1949, le Comité national olympique chinois s’est scindé en deux à l’image de la Chine: un CNO à Taïwan, un CNO en République populaire de Chine. A partir de 1958, n’acceptant pas la reconnaissance des deux entités, la Chine populaire quitte le CIO et ne participe plus aux JO. Elle participe d’abord aux Jeux communistes puis aux Ganefo, les Jeux des pays en voie de développement inventés par le président indonésien Suharto au début des années 60. Après une bataille de reconnaissance entre les fédérations sportives de Taïwan et de la Chine populaire dans les années 70, cette dernière sera finalement réadmise au CIO en 1979 avant de participer aux Jeux d’hiver de Lake Placid en 1980 et de tout de suite boycotter les Jeux d'été de Moscou. Pendant toutes ces années, le CIO a été considéré par la Chine comme un possible outil de légitimation de son existence.

Retrouvez le blog de notre correspondante en Chine

Pourquoi la Chine a voulu organiser les Jeux?
Cela participe de la même volonté. La Chine a depuis 1949 un problème de reconnaissance par rapport à l’occident. Les Chinois ont une soif de normalisation de leur pays. Moins de quinze ans après avoir réintégré le CIO, en 1993, les autorités chinoises font leur première demande pour que Pékin organise les Jeux qui sont devenus un immense événement qui brasse les peuples et les idéologies. En 1997, le Parti communiste chinois (PCC) réaffirme dans son programme l’obtention des Jeux comme une priorité de sa politique diplomatique. En 2001, ils les obtiennent à leur deuxième tentative.

Pourquoi le CIO a choisi la Chine? Et pourquoi n’a-t-il pas posé des conditions à Pékin comme l’amélioration des Droits de l’homme ?
Ces JO sont l’héritage de Juan Antonio Samaranch qui était un financier mais aussi un politicien. Au-delà des intérêts économiques, l’ancien président du CIO a selon moi voulu laisser une trace dans l’histoire. A l’époque, le développement de la Chine était dans l’air du temps. Pékin est entrée à l’OMC en 2001, en 2002 Shanghai s’est vu attribuer l’organisation de l’exposition universelle de 2010. Pour répondre à votre deuxième question, le CIO n’est pas l’ONU. Sa force politique est justement d’être apolitique et de ne pas faire de différences entre les cultures, les peuples, le Sud, le Nord… Et puis si on pose des conditions, qui va les choisir? Selon quels critères? Quel statut? A propos de la Chine, le CIO subit les conséquences des politiques inefficaces des Etats ou de l’ONU. Mais à l’avenir, le CIO devra peut-être s’intéresser plus à la question des Droits de l’homme, notamment en matière de pratiques sportives (liberté de circulation des sportifs, environnement, etc.).

Pensez-vous que ces Jeux vont permettre à la Chine de s’ouvrir?
La Chine
ne va pas devenir un pays démocratique en trois semaines. Les Jeux ouvrent seulement une parenthèse qui permet à des athlètes de rencontrer des Chinois, à des journalistes de couvrir un événement. Mais ils font évoluer les choses au niveau culturel. Jamais la pratique des langues étrangères n’a été autant populaire dans le pays. C’est anecdotique mais les Chinois avaient pour habitude de cracher dans la rue. Cette pratique a beaucoup diminué. Bien sûr, tout ça se fait sous l’impulsion des autorités. Les Jeux sont un accélérateur comme l’a été l’entrée de la Chine à l’OMC. Nous ne pourrons constater son efficacité que dans de nombreuses années.

Ne craignez vous pas un excès de patriotisme lors des Jeux?
Sans doute. Dans un mois, la cérémonie d’ouverture risque d’être grandiose comme l’avait été celle de Séoul en 1988. Pour leur image, les Chinois ont de toute façon tout intérêt à ce que ces Jeux soient très bien organisés.
Recueillis par Matthieu Goar
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