Ingrid Betancourt raconte sa libération
Créé le 03.07.08 à 00h55
Mis à jour le 03.07.08 à 01h14
COLOMBIE - Sur le tarmac de la base militaire où a atterri l'avion des otages à Bogota, Ingrid Betancourt est longuement...
Sur le tarmac de la base militaire où a
atterri l'avion des otages à Bogota, Ingrid Betancourt est longuement revenu sur sa libération. Verbatim.
«L'opération militaire a été une opération parfaite. Je dois beaucoup aux médias. Sans vous, je ne serai peut-être pas vivante aujourd'hui. On a pu rêver, on a pu maintenir l'espoir vivant. Je me suis réveillé ce matin en me disant que quelqu'un allait peut-être être libéré aujourd'hui.
A 5h du matin, j'ai pu entendre à la radio que ma mère qui allait prendre l'avion pour la France. Je pensais, ce n'est pas pour moi cette fois-ci. On m'a demandé de faire toutes les valises. Et puis une heure après des hélicoptères sont arrivés et on nous a dit qu'on allait tous monter dedans et qu'on allait voir un chef des Farc et qu'ils allaient nous emmener dans un autre endroit pour améliorer nos conditions de captivité.
«Je me suis dit "C'est qui, quelle ong?"»
J'avais mon coeur qui battait très fort. C'était des hélicoptères blancs et j'ai senti que c'était important. On a traversé une rivière, on était encadré par un gardien. Les hélicoptères sont arrivés, quelques personnes en sont sorties. Ils disaient que c'étaient des délégués de je ne sais pas quoi. Je me suis dit "C'est qui, quelle ong?". Ils avaient des t-shirts de Che Guevara, je me suis dit "c'est pas une ong, pas une action humanitaire". Ils nous ont dit qu'on pouvait monter dans les hélicoptères à condition d'avoir des menottes.
On est monté et il fallait mettre des vestes blanches parce qu'on allait dans un climat froid. Ils ont fermé les portes et quand on a décollé, soudain, quelque chose d'important s'est passé. J'ai vu le commandant des Farc, qui a été tant de fois cruel avec nous. Je l'ai vu au sol, les yeux bandés. Ne croyez pas que j'étais joyeuse. J'ai ressenti de la pitié pour lui.
«“Nous sommes l'armée nationale, vous êtes libres”»
Le chef de l'opération a alors dit ”nous sommes l'armée nationale, vous êtes libres”. L'hélico a failli tomber parce qu'on a tous sauté, on s'est embrassé. Ca c'est un miracle et je veux le partager avec tous. Parce que tous vous avez souffert avec nous. D'habitude c'est Israël qui a ce genre de succès. Aujourd'hui il faut qu'on sache que l'armée colombienne est capable de faire ce genre d'opération aussi bien qu'Israël. Je demande à Dieu que tout cela permette aux Colombiens de penser que la paix est possible. Merci à mon pays, la Colombie et merci la France. Tous les Colombiens qui viendront en France sauront qu'ils sont les bienvenus.
Je pense à tous ceux qui ne reviendront jamais. Je pense à tous ceux qui sont morts dans les mains de la guerilla, des étrangers, des enfants, des femmes enceintes. A tous les kidnappés colombiens : on va les faire sortir de là. Il faut trouver une union nationale pour tous les colombiens pour nous aider à sortir de là.
Libération militaire: «la meilleure solution»
Mes proches avaient peur d’une libération militaire mais j’ai toujours pensé que c’était la meilleure solution. Je remercie le président Uribe. Ils ont agi d’une façon impeccable. Tout le monde est en vie, pas un blessé. Je voudrais que les Colombiens et que les otages sachent que nous pouvons avoir confiance en notre armée.»
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L.B. et V.G.