Vienne n’en a rien su, ou presque. Mais l’Espagne et l’Allemagne, les deux finalistes de cet Euro, ont fait leur révolution tactique. Parties pour jouer pendant tout le mois avec deux attaquants, les deux équipes n’en auront plus qu’un dimanche. Et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.
Le jour où cela a changé
Allemagne– La Mannschaft avait prévu le coup. Avant de retrouver le Portugal, en quart de final, les Allemands ont fait un sérieux lifting à leur système de jeu. Ballack se sent à l’étroit dans son costume de milieu défensif. Le joueur de Chelsea demande à Jogi Löw un peu plus de liberté. Le sélectionneur s’exécute, et assoit Mario Gomez, compagnon de Miroslav Kolse en attaque, sur le banc. Le coup tactique est gagnant: les Allemands s’imposent (3-2) et Ballack démarre enfin son tournoi. Seul soucis, le joueur de Chelsea, touché au mollet, est incertain pour la finale.
Espagne – La Seleccion a attendu un peu avant de bouger. Et Aragones a dû s’adapter aux évenements. Face aux Russes, en demi-finale, Villa se blesse après 30 minutes. Mais ce n’est pas Güiza, le troisième «delantero» espagnol qui rentre. C’est Cesc Fabregas qui va disputer la dernière heure, alors que le tableau d’affichage est encore vierge. Score finale? 3-0. «On jouait long et ça convenait aux Russes. L’entrée de Cesc, et donc d’un milieu de terrain supplémentaire nous a permit de remettre le pied sur le ballon» se félicite Luis Aragones, qui avait tout de même joué toutes les qualifications dans ce système.
Le profil du sacrifié
Allemagne – Mario Gomez est la première victime de ce réaménagement tactique. L’Euro de l’attaquant de Stuttgart est un chemin de croix. Titulaire lors des trois premiers matchs de poule, il n’a plus quitté le banc depuis les quarts. En cause, son inefficacité, mais surtout une maladresse incroyable. Contre l’Autriche, lors du dernier match de poule, l’Allemand s’est payé le luxe de s’offrir le plus beau raté de la compétition. A trois mètres des buts de Macho, il a réussi à ne pas cadrer sa frappe. Trop lent pour les enchaînements rapides de Podolski et Klose, et il s’est assis tout seul sur le banc. Et ne devrait plus trop en bouger.
Espagne – David Villa est un poissard. Déjà, son parcours chaotique ne l’a emmené au plus haut niveau continental qu’à 28 ans. Après avoir inscrit quatre buts en trois matchs, le canonnier valencian se donne une légère élongation en demi-finale. Un mauvais présage pour Aragones? Pas du tout. Ce forfait tombe presque bien, puisque le sélectionneur n’a pas à justifier son choix de revenir à cinq milieux de terrain. Et donc à assoir sur le banc le soir d’une finale l’un de ses meilleurs joueurs.
Même système, même équipe?
Les deux finalistes ont le même schéma tactique, certes. «Mais ce sont deux formations très différentes. Et chacun est très bon dans son style» estime Iker Casillas, le gardien de la Roja. Aux Allemands l’avantage physique, qui leur permet de pratiquer un jeu plus direct. Et aussi «une grande qualité sur les ballons aériens» poursuit le capitaine espagnol. Côté espagnol, «une très grande technique, des passes précises et sûres. Ils sont habitués à un jeu très rapide, ils peuvent supporter la pression. En fait, je ne me souviens pas d’une faiblesse» conclut Joachim Löw, le sélectionneur allemand