EURO2008 - Gourou et entraîneur, le sélectionneur allemand s'est révélé lors de...
Il est facile de se moquer de Joachim Löw, et personne ne s’en est privé: une tête de chanteur des années 80,
un look chemise-cintrées-bronzage-gestes affectés à dix mille lieues du footballeur allemand classique, une inexpérience étonnante à ce niveau. Et pourtant…
Jogi et le yoga
En cinq matchs plus ou moins aboutis, Jogi (son surnom), 48 ans, a fait taire toutes les critiques et peut répéter en boucle son mantra: «Notre philosophie n’a pas changé depuis quatre ans, aller vers l’avant». «Philosophie»?. Certes, ce n’est pas du Schopenhauer, mais le sélectionneur allemand, adepte de randonnée pédestre et de yoga, a toujours cherché à imposer une âme à son équipe, avant de bosser la tactique.
Arrivé en 2004 dans les valises de Jurgen Klinsman, l’ex- flamboyant attaquant de Monaco et du Bayern, Jogi Löw se fait tout petit. Vu son CV, il peut. Seulement 52 matchs de Bundesliga comme joueur, une belle épopée avec Stuttgart comme coach en 1997, et ensuite, des licenciements. Beaucoup.
Ecouter et convaincre
Entre les deux amis, la répartition des rôles était claire: à Klinsi le Californien — il vit près de Los Angeles — la motivation à l’américaine, à Jogi la réflexion tactique et le développement mental. A eux deux, ils révolutionnent la sélection allemande, plutôt monolithique. Et quand Klinsmann s’en va, après une Coupe du monde 2006 réussie, Löw parvient à convaincre la fédération allemande de continuer avec lui.
Au vu du parcours de la Mannschaft en Suisse et en Autriche, Theo Zwanziger, le président de la fédé, peut se féliciter d’avoir résisté à ceux qui lui demandaient de nommer un sélectionneur plus expérimenté. Car la méthode Löw, responsabiliser les joueurs, a fonctionné à merveille.
Y compris avec Michael Ballack. S’il s’est adapté aux demandes de la star allemande — notamment le passage en 4-5-1, Löw a su montrer qui était le patron quand il fallait. «Je ne serais pas un bon coach si je n’écoutais pas mes joueurs. Mais mes joueurs m'écoutent aussi. On ne peut pas passer des idées en force, c'est un tout, un dialogue, même si c'est moi qui décide au final.»
«Coach, si j'étais entraîneur, j'aurais pris la même décision»
Exemple avec la non-titularisation de Torsten Frings, qui se remet d’une côte cassée, avant la demi-finale. Evidemment, l
e fougueux milieu est furieux. Puis il se ravise. «Il est revenu frapper à ma porte et il m'a dit: "Coach, si j'étais entraîneur, j'aurais pris la même décision, car je ne suis qu'à 90-95% (de mes possibilités) et je peux peut-être être plus utile en entrant en seconde période que durant tout le match"», raconte Löw.
On ne saura jamais si l’anecdote est vraie, mais elle illustre bien le plus grand succès de Löw: avoir fait retrouver aux joueurs allemands la mentalité de vainqueur qui avait fait la force de la sélection. Et cette fois, ils ne se contenteront pas d’un accessit, comme en 2006.
Pierre Koetschet (à Vienne)
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