Cesc Fabregas a un problème. Lors de cet Euro, Aragones lui a tricoté un costume mal taillé. Genre manches trop courtes et tissu qui gratte. Patron technique d’Arsenal, le Catalan n’est qu’un joker avec la Roja. Dur, même quand on n’a que 21 ans. Mais le Gunner commence franchement à se sentir à l’aise dans son costard, et pourrait même retrouver une place de titulaire lors de la finale, dimanche, contre l’Allemagne.
Un parmi d’autre
Mais ce fut dur à avaler. Lors des premiers entraînements des Espagnols, à Neustif, Cesc Fabregas donnait l’impression de se savoir condamné au banc. Aragones avait fait toute sa campagne de préparation avec une seule pointe, et Cesc en titulaire. Mais le «sage d’Hortaleza» s’est finalement dit qu’avec Fernando Torres et David Villa en pointe, son équipe avait aussi de la gueule.
Après le 4-1 infligé à la Russie, en phase de poule, tout le monde crie au génie. Et Cesc sert les dents, même s’il marque le dernier but de son équipe. «Je sais que je suis là pour être un parmi tant d’autre, je n’ai pas à réclamer quoi que ce soit». Venant d’un gamin capable de claquer la porte du Barça à 16 ans, ça sonne presque faux. D’autant qu’Aragones en rajoute en le titularisant avec les coiffeurs dans le match pour du beurre contre les Grecs.
Un pénalty qui change tout
Le problème avec Cesc, c’est qu’il a une grosse tendance à saisir la moindre minute passée sur le terrain pour se rendre indispensable. Arsène Wenger la bien remarqué, en le lançant à 16 ans en Premier League. Vient donc le quart de finale contre l’Italie. La Roja s’enquille le pire nœud défensif de la compétition. Et se retrouve à jouer son destin aux tirs au but. Aragones, pour le coup assez intuitif, envoie Cesc face à Buffon, pour le dernier tir ibère. «J’étais assez surpris. Parce que je n’en avais pas tiré depuis que j’avais 16 ans, et que je n’étais pas sur la liste. J’y suis allé. Tranquillement. Je l’ai marqué, et franchement, ça m’a donné une énorme confiance» explique Fabregas, enfin lancé.
Et maintenant, la finale
Le gamin n’avait besoin que de ça. Aragones, quand même long à la détente, le remet sur le banc contre la Russie, en demi-finale. Mais Villa, l’un de ses artilleurs, se pète un quadri au bout de trente minutes. Sans s’échauffer ou presque, Fabregas entre, derrière Torres. Et l’Espagne déroule, finissant par marcher sur des Russes un poil amorphes (3-0).
Le sélectionneur n’a pas mis longtemps à sortir la boite à compliments. « Nous avons commencé le match en pratiquant le football qui convient aux Russes, avec trop de longs ballons. Mais quand Cesc est entré, nous avons pris le contrôle du jeu» s’est permis le coach espagnol. Et Fabregas, d’une délicieuse petite passe sautéé, a envoyé Güiza doubler la mise. Face aux Allemands, Villa sera toujours sur le flanc. Et Fabregas devrait enfin quitter le banc, pour chanter l’hymne sans parole avec ses potes. Le costume qui gratte rangé au fond du sac, dans le vestiaire du Ernst Happel.