«Le président de la République porte un coup grave à l'indépendance des médias»

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Publié le 26 juin 2008.

TELEVISION - Les réactions aux arbitrages de Nicolas Sarkozy sur la télévision publique...

Nicolas Sarkozy a prononcé les premiers arbitrages sur l’avenir de la télévision publique ce mercredi après-midi, après que Jean-François Copé lui a rendu son rapport. Au programme pour financer l’audiovisuel public: des taxes sur les opérateurs de téléphone et d’Internet (0,9% de leur chiffre d’affaires, a décidé Sarkozy alors que le rapport Copé préconisait 0,5%) et un prélèvement auprès des chaînes privées — bénéficiaires d’un afflux d’annonceurs délogés des cases de France Télévisions. Réactions à chaud.

A propos de l’idée de taxer les opérateurs télécom et les fournisseurs d’accès à Internet
«Nous protestons vigoureusement contre cette taxe discriminatoire, dit Yves Le Mouël, directeur général de la Fédération française des télécoms, interrogé par 20minutes.fr. 0,9% de notre chiffre d’affaires, ça fait un peu moins de 400 millions d’euros, ponctionnés dans les marges des opérateurs. C’est un impôt nouveau, unique au monde! Nous allons essayer de convaincre les parlementaires avant que la loi passe, en jouant sur le pouvoir d’achat. Car les opérateurs sont bien décidés à faire supporter cette taxe par le client, sur sa facture, ce qui n’est pas une bonne nouvelle, ni pour le pouvoir d’achat, ni pour le développement de l’économie numérique. Même si le développement du numérique est un thème cher au gouvernement, certains opérateurs n’hésiteront pas à faire des arbitrages et à peut-être revenir sur des investissements en fibre optique pour équiper le territoire avec l’Internet très haut débit. En dernier recours, on entamera une procédure de violation des lois européennes. Si elle est votée, cette taxe aura des lendemains difficiles!»

A propos de la nomination du chef de France Télévisions par l'exécutif
«Je crois qu'il est normal que le président de France Télévisions soit désigné par un actionnaire mais je trouve normal aussi qu'il y ait un contrôle par le Parlement», a souligné Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes sur Canal+. «Je préférerais qu'il soit désigné par le Parlement pour être clair.» (…) «Il y a un parfum Ve république du début qu'il vaudrait peut être mieux éviter mais il faut faire en sorte qu'il n'occulte pas le reste de la réforme».

«Le président de la République porte un coup grave à l'indépendance des médias puisqu'il prévoit à l'avenir de nommer lui-même le président de France Télévisions après avis d'un CSA dont on connait aujourd'hui la composition monocolore», estiment Patrick Bloche, Michel Françaix et Didier Mathu, les députés PS démissionnaires de la commission Copé dans un communiqué.

«Lorsque vous menez une politique très impopulaire, vous utilisez les médias pour habiller votre politique et c'est exactement ce que fait le pouvoir depuis qu'il contrôle de plus en plus fortement les médias et mène une politique de plus en plus impopulaire», a dénoncé Arnaud Montebourg, député socialiste, pendant l''émission Questions d'info LCP/France Info/AFP.

«Il y a suffisamment de verrous et de contrôle pour qu'on ne puisse pas parler de prise de contrôle du pouvoir», a riposté Christine Albanel, la ministre de la Culture et de la Communication, sur France Info. «C'est une absurdité, ce n'est absolument pas l'objet de cette loi».

A propos de l’idée de taxer les chaînes privées
«L’annonce est peu claire, juge François Liénart, de l’institut Yacast. Nicolas Sarkozy parle de toutes les chaînes, mais on imagine qu’il fait référence à TF1 et M6. Ce qui est envisagé, c’est que mécaniquement, en enlevant France Télévisions du jeu publicitaire, le gâteau va se redistribuer vers les autres, et que les grosses parts vont revenir à TF1 et M6. Mais je suis dubitatif, ce n’est pas évident. Le grand gagnant aujourd’hui, c’est Canal Plus. Mais si d’autres chaînes contribuent, cela peut être bon pour tout le monde.»

Canal+, joint par 20minutes.fr, a de nouveau tempêté contre l'injustice de cette taxe, reprenant les mots que tenait son patron, Bertrand Méheut, il y a quelques jours: «Ce n’est pas au moment où les groupes audiovisuels français sont fragilisés qu’il faut freiner encore plus leur développement en leur imposant une nouvelle taxe (on parle de 80 millions d’euros)».

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Alice Antheaume et Camille Raynaud de Lage
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