Dans la sélection turque, on est habitué à voir les expatriés revêtir le maillot de la sélection nationale. A l’image d’Hamit Altintop, qui a grandi en Allemagne, comme trois millions d’immigrés turcs. Kâzim Kâzim, lui, n’est ni de Berlin, ni de Munich. Il a grandi dans la banlieue-est de Londres, dans le même coin que la famille Beckham.
«Coca Cola Kid»…
Le parcours de Colin Kazim-Richards est sacrément improbable. Parce qu’à 19 ans, le fantasque Colin gambade sur les terrains gondolés de la 4e division anglaise, sous le maillot de Bury. Vous ne connaissez pas? Nous non plus. Il va avoir droit à un coup de pouce gazeux. Coca Cola organise un concours complètement loufoque pour les supporters. La firme d’Atlanta propose au vainqueur d’acheter un joueur pour le club de son cœur.
Par chance pour Colin, le supporter en question est un fan de Brighton, qui évolue deux divisions au-dessus. La boîte américaine verse donc plus de 300.000 livres à Bury pour que celui qu’on surnomme maintenant «Coca Cola Kid» débarque en First Division. Une chance pareille, ça ne se laisse pas passer, et Colin arrive à se faire repérer jusqu’à l’étage au-dessus, à Sheffield.
… a un passeport turc
Sauf qu’on ne peut pas être toujours chanceux: Sheffield descend, et Colin avec. Il y a tout de même quelque chose qui n’a pas échappé aux clubs du Bosphore. La maman du petit Cockney est née dans la partie turque de Chypre, et offre donc automatiquement à son fiston la double nationalité. «Fenerbahçe m’a offert un essai, et j’ai plu à Zico», explique le joueur, qui est obligé, pour jouer en Turquie, d’adopter un nom «ottomanisé» (c'est même dans son contrat avec son club). Il devient donc Kâzim Kâzim. «Je ne vais pas mentir, ce n’est pas toujours rose. Mais je vais m’accrocher, et voir comment ça évolue», expliquait l’exilé il y a un an.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari tourne au conte de fée. Kâzim Kâzim a fêté sa première sélection le 5 juin dernier contre le Brésil (0-0). Et comme Fatih Terim, le sélectionneur turc, fait face à une véritable hécatombe, il devrait débuter la rencontre contre l’Allemagne, en demi-finale de l’Euro. «Pour moi, c’est une belle revanche. Déjà, on bat la Croatie, qui a éliminé l’Angleterre lors des qualifications. Ensuite, on joue l’Allemagne. Et quand on est anglais, c’est toujours un match particulier», conclut le miraculé.