Dans une sélection turque qui manque singulièrement de stars, un personnage sort tout de même du lot, le truculent sélectionneur Fatih Terim. Chemise ouverte, bronzage et bagout méditerranéen... Manque juste la chaîne en or qui brille.
On imaginerait bien volontiers Fatih Terim passant ses après-midi à descendre raki sur raki en jouant au backgammon, sous des pins parasols, au bord de la Méditerranée, mais ce n’est pas pour tout de suite.
Car Fatih Terim a d’abord un Euro à gagner, et il commence sérieusement à y croire. Pourtant, quand, en mai, il avait annoncé que la sélection au croissant allait faire quelque chose à l’Euro, la presse sportive turque avait bien rigolé, vaguement agacée par les frasques, le show permanent de «l’empereur», un surnom qui colle bien au personnage, dont le prénom, Fatih, signifie d’ailleurs «le conquérant».
Trois renversements de situation improbables plus tard, les journalistes ont ravalé leur fiel, et tressent maintenant des couronnes de laurier à celui qui apparaît comme le grand artisan des succès turcs. A entendre les joueurs, ce serait presque lui qui aurait marqué le but qui a anéanti la Croatie. Juste avant, Klasnic vient enfin de planter après 119 minutes de siège, et les joueurs turcs sont logiquement au fond du trou. Pas pour longtemps.
«Avec cet entraîneur, tu ne peux pas baisser la tête, sinon...»
«Notre coach nous a regardés et son regard nous a éperonnés», se souvient le milieu de terrain Kazim Kazim. Fatih Terim a beau jeu de fanfaronner après le match: «J'ai vu certains de nos joueurs effondrés sur le terrain. Je leur ai dit d'aller ramasser la balle au fond de nos filets, je ne voulais pas abandonner.»
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Si la sélection turque a une âme, un «truc en plus», selon les mots du sélectionneur, c’est sans doute à «l’empereur» qu’elle le doit. «Avec cet entraîneur, tu ne peux pas baisser la tête, sinon...», explique Kazim Kazim. «La foi de l'équipe vient de lui.»
Belle revanche pour un entraîneur qui s’est fait virer de la Fiorentina, puis du Milan AC. Alors quand «l’empereur» prend son regard le plus énervé pour expliquer qu’il pourrait bien faire rentrer son troisième gardien comme avant-centre, pour faire face à la pénurie de joueurs qui frappe son équipe, plus personne ne rigole. Parce que cela pourrait marcher.