Espèces de fainéants! Comment nous lisons en ligne

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Publié le 23 juin 2008.

HABITUDE - Sur internet, nous cherchons des informations, nos yeux évaluent...

Vous allez certainement lire ceci.


Un court paragraphe en haut de la page. Entouré d’espace blanc. Ecrit en petits caractères.


Mais pour vraiment attirer votre attention, voilà comment je devrais écrire :


  • Avec des puces
  • Avec de temps en temps du gras pour éviter que le lecteur ne survole le texte
  • Avec des morceaux de phrase courts
  • Avec des sous-titres explicatifs
  • Sans jeux de mots
  • J’ai parlé des listes?

De quoi parle cet article?

J’ai passé le dernier mois loin de mon écran d’ordinateur. Alors que je suis de retour au poste, à lire de longues heures par jour, une question me taraude : comment lisons-nous en ligne?


Ici, c’est la jungle

C’est la théorie de Jakob Nielsen. C’est un expert en utilisabilité. Il écrit une chronique bimensuelle influente à propos de l’eye-tracking (l’analyse des mouvements des yeux des lecteurs), les erreurs de design sur le web et le phénomène de banner blindness, ce phénomène d’accoutumance aux bannières publicitaires, qui fait que les internautes ne les voient plus. (Au fait, sachez que les liens donnent plus de crédibilité au texte, vous êtes donc plus susceptibles de rester dans les parages…)


Nielson défend la théorie de l’information foraging (ndlt: théorie qui décrit le comportement de l’internaute à la recherche d’une information). Les humains sont informavores. Sur Internet, nous chassons des faits. Avant, quand passer d’un site à l’autre prenait du temps, nous avions tendance à rester sur le même et à fouiller. Désormais nous pouvons évaluer rapidement un site par son «information scent» - le parfum de l’information. Nous passons à autre chose si nous avons l’impression qu’il n’y a rien à manger dans le coin.


Désolé pour ce long paragraphe. (Les études sur l’eye-tracking montrent que les e-lecteurs ont tendance à zapper les gros blocs de texte.)


Je vous ai donc probablement obligé à scroller jusqu’à ce point. Perdant ainsi un pourcentage incroyable de lecteurs. Au revoir. Amusez-vous bien, sur Facebook.


Ecrans VS papier

Qu’en est-il du processus physique de lecture sur l’écran? Comment peut-on le comparer au papier?


Quand vous lisez les premières études à ce sujet, il est fascinant de voir que, même du temps des écrans monochromes, des recherches montraient qu’il n’y avait pas de grosse différence de vitesse et de compréhension entre la lecture sur écran et la lecture sur papier. Le papier l’emportait clairement uniquement quand on demandait aux testeurs de survoler le texte.


Ces études ne sont toutefois pas à prendre pour argent comptant, étant donné tous les facteurs qui peuvent affecter la lecture en ligne, comme le scrolling, la taille des caractères, les compétences de l’utilisateur, etc. Nielsen considère que la lecture sur écran est 25% moins rapide que la lecture sur papier. Les experts s’accordent tout de même sur ce que vous pouvez faire pour rendre la lecture sur écran plus confortable:


  • Choisissez une police de caractère par défaut conçue pour la lecture sur écran, comme Verdana, Trebuchet ou Georgia.
  • Reposez vos yeux dix minutes toutes les demi-heures.
  • Optez pour un bon écran. N’augmentez pas trop la luminosité et ne l’approchez pas trop de vos yeux.
  • Minimisez les reflets.
  • Passez les longues lignes de texte, qui vous fatiguent.
  • Evitez MySpace.

Retour dans la jungle

Nielsen décrit ainsi très justement les cyber-lecteurs: «des utilisateurs égoïstes, fainéants, sans pitié». Mon cher lecteur, vous cherchez la facilité. Quand vous arrivez sur une page, vous ne daignez même pas la lire. Vous la scannez. Si vous ne voyez pas ce dont vous avez besoin, vous êtes déjà parti.


Et ce n’est pas à vous de changer. C’est à moi, celui qui écrit:


  • Une idée par paragraphe.
  • Un nombre de mots de moitié inférieur à l’«écriture conventionnelle» (aïe!).

Nielsen apparaît souvent à la croisée entre E.B. White et Terminator. Voici ce qu’il conseille dans une chronique intitulée «Stratégie de contenu : les longs contre les courts articles»: «Un bon rédacteur devrait être capable de couper 40% des mots en n’ôtant que 30% de la valeur de l’article. Après tout, les coupes doivent cibler les infos les moins précieuses».

[NB: Des apartés fascinants à propos de la voix de l’écrivain, ses particularités et son ego fragile ont ici été coupés.]


Il a raison

Je rigole de Nielsen, mais il est très sensé. Sur le web, nous participons activement, nous cherchons des informations et du divertissement. La préférence pour les articles courts est naturelle. Comme le dit Nielsen, les lecteurs motivés qui veulent tout savoir sur un sujet liront de long traités avec des points-virgules – mais tous les autres ne font que grignoter. Son conseil: optez pour les liens hypertextes. Favorisez des textes courts pour la masse des lecteurs, mais proposez des liens pour le gratin.


Pas de blog

Nielsen est impitoyable quand il s’agit de la brièveté, mais il n’est pas partisan des blogs. Son raisonnement: «De tels posts sont bien pour générer des controverses et du trafic à court terme et sont assurément plus faciles à écrire. Mais ils n’ont pas de valeur durable.»


C’est discutable. Mon expérience me fait dire qu’un blogueur sérieux qui tague ses articles peut couvrir un sujet correctement. Mais Nielsen considère que les gens lisent (voire payent) pour une expertise qu’ils ne peuvent trouver ailleurs. Si vous voulez vous imposer sur Internet, ce n’est pas en bloguant que vous y arriverez mais en proposant une présentation complète d’un sujet (pour faire économiser du temps au lecteur, qui n’aura plus à chercher sur plusieurs sites) et en fournissant une analyse originale (une analyse avertie qui ne sera pas facilement copiable par un non-initié).


Comme la majorité de ce que Nielsen dit, c’est à la fois évident et sensé.


Lecture ludique

Nielsen se concentre sur comment retenir l’attention en fournissant au lecteur de l’information. Il ne se préoccupe pas plus que ça de la lecture plaisir.


Victor Nell a réalisé une étude sur la lecture plaisir, aussi appelée «lecture ludique» (lire le PDF). Deux notions fascinantes:


  • Quand nous apprécions un texte, nous le lisons plus lentement.
  • Quand nous sommes vraiment absorbés par un texte, plus aucun effort n’est nécessaire, c’est comme entrer en transe.

La lecture ludique est possible sur le Web, mais l’environnement ne facilite pas les choses. Vous lisez une jolie phrase, vous êtes diverti par votre messagerie instantanée et vous ne revenez jamais à cette histoire.


Je suppose que la lecture ludique n’est qu’une exception dans cette jungle où tous les autres se déchaînent autour de la viande fraîche.


Pensée finale pas forcément nécessaire

Nous lirons de plus en plus sur des écrans, mais ils ne remplaceront pas le papier – peu importe ce que vous racontera votre ami qui possède un Kindle (ndlt: un livre électronique). En fait, le papier semble être le nouveau Prozac. Un baume pour les esprits égarés. Il est réservé, hors-ligne, tactile. William Powers parle de son élégance dans son essai «Le Blackberry d’Hamlet: pourquoi le papier est éternel». Il décrit le papier comme «un point fixe, une ancre pour la conscience».


Moby Dick est devenu une station thermale.


Slate, c’est Grand central Station.


Ok, maintenant vous pouvez y aller.


Posté par Michael Agger, le 13 juin 2008 sur Slate. com

Pour lire la version originale en anglais, cliquez ici.

traduction 20minutes.fr
Retrouvez tous nos articles tirés du magazine américain Slate, cliquez ici.
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