Plan Banlieues: «Le problème, c'est qu'il ne se concentre que sur l'individu»

51 contributions
Publié le 20 juin 2008.

INTERVIEW - Jacques Donzelot, spécialiste de la politique de la ville, répond à nos questions...

Jacques Donzelot, maître de conférences en science politique et spécialiste de la politique de la ville, analyse pour 20minutes.fr les points positifs et négatifs du plan Banlieues lancé par le gouvernement Fillon ce vendredi à Meaux (Seine-et-Marne).

En quoi ce plan innove-t-il par rapport à ce qui a été fait en 2003 en direction des zones urbaines défavorisées?

Il consiste à corriger l'aspect négatif du plan Borloo, qui ne prenait en compte que l'aspect physique du problème via la rénovation urbaine (démolition de grands ensembles, réhabilitation, construction de nouveaux logements, ndlr). Cette fois-ci, l'accent est mis sur les moyens humains et les services afin de lutter contre «la culture du désespoir» dans les quartiers.

Est-ce totalement inédit?

Non, puisque le rapport Dubedout en 1983, qui a fondé la politique de la ville, abordait déjà cette question du développement social. Mais à l'époque, les moyens ont été limités au financement de la vie associative. Cette fois-ci, ils sont plus conséquents.

Le plan Banlieues n'a toutefois pas été chiffré en totalité...

Effectivement. Et même si on dépense 1 milliard, ce n'est encore pas assez. Mais ce plan a le mérite de faire monter en régime des expériences  qui ont fait leur preuve, comme les écoles de la deuxième chance. C'est une façon de dire à ceux qui en veulent qu'il peut y avoir quelque chose au bout. Le problème, c'est que ce plan ne se concentre que sur l'individu.

Au détriment du collectif?

Oui, c'est la grosse carence. Si l'on veut que les gens reprennent confiance en eux, il faut d'abord qu'ils reprennent confiance ENTRE eux. Or, en augmentant les effectifs de policiers et en valorisant un système de récompense individuelle, on cultive un climat de suspicion dans les quartiers. Alors que pour apaiser la tension, il faudrait remplacer la méfiance par la confiance.

Que préconiseriez-vous pour y parvenir?

Il faut que les habitants puissent eux-mêmes s'impliquer dans la transformation physique et sociale de leur quartier. Car si certains partent, la majorité reste et a besoin de participer à la refondation de son lieu de vie. C'est pourquoi il faut valoriser les communautés de quartier, leurs initiatives collectives, pour qu'elles apprennent à se constituer en sociétés positives. Pour les y aider, il faut apprendre aux gens à surmonter leurs différences, sur le plan sexuel, ethnique... Car des tensions, il y en a, notamment entre les garçons et les filles. C'est pourquoi dénicher quelques exceptions afin de justifier le fait de taper sur les autres, ce n'est sûrement pas la solution.
Propos recueillis par Catherine Fournier
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
Electromenager
539.99 €
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr