Aussi terrifiante qu'édifiante, une BD nous fait revivre une exécution publique sous l'Ancien Régime. Hautes oeuvres (éd. La Boîte à bulles) s'inspire en effet des mémoires de Charles-Henri Masson, bourreau de la ville de Paris, qui vit passer sur son échafaud des personnalités telles que Louis XVI, Marie-Antoinette, la comtesse Du Barry, Danton et Robespierre. Sous-titré « Petit traité d'humanisme à la française », le récit raconte - par le détail - la mise à mort, en 1757, d'un présumé régicide nommé Damiens. Brûlures, tenaillements, écartèlement, aucun épouvantable traitement n'est oublié. L'auteur (Simon Hureau, qui signe ici facétieusement Simon Hache) en profite pour dresser un tableau peu flatteur des moeurs de l'époque : les différents épisodes d'un supplice terriblement long alternent avec des portraits de curieux venus assister à l'affreux spectacle. Aux rares manifestations de dégoût succèdent des scènes de relations charnelles, côté indigents comme aristos. La mort stimulant la vie... que voilà un cruel constat ! Précisément, tout le talent d'Hureau est de raconter sans verser dans le moralisme ou la caricature. L'album est admirable de justesse et de sobriété, rigoureux, mais pas dépourvu d'humour, malgré l'extrême gravité du sujet. En fin de lecture, on se réjouit qu'il n'ait été imprimé qu'en noir et blanc. Eu égard aux quantités de sang répandues dans ses pages.