Nuit des écoles: «Et la morale, elle va s'intégrer où?»

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Publié le 14 juin 2008.

EDUCATION - Reportage dans l'école élémentaire Belliard du 18e arrondissement à Paris...

Il est 21h à l’école élémentaire Belliard, dans le 18e à Paris. Il fait encore jour, mais la soirée promet d’être longue pour la centaine de parents, élèves et enseignants venus participer à la Nuit des écoles contre les réformes de Xavier Darcos dans le primaire. Ici, pas d’écran géant pour suivre le foot, de barbecue ou de concert, comme l’avaient prévu certaines des 680 écoles qui servent de dortoirs ce vendredi soir en France. Une table, des victuailles et de la bonne musique suffisent à réchauffer l’ambiance. Et à réveiller les convives. Car l’école, classée en zone prioritaire d’éducation, est occupée à tour de rôle depuis trois semaines par les parents d’élèves, qui accusent le coup.

«Pas sûr qu’on dorme tous ici, précise Sophie, une mère d’élève. Des matelas sont à disposition de ceux qui veulent rester avec leurs enfants.» Mais pas question de faire la grasse matinée demain matin. L’école sera ouverte, malgré à la volonté du rectorat parisien de fermer au public les établissements qui ont participé à l’événement. Pour «cause de risque sanitaire». «C’était une façon de nous pénaliser, en nous mettant à dos les autres parents d’élèves, souligne une enseignante. Mais on va bien prendre soin de tout nettoyer et on a interdit l’accès aux toilettes des enfants.»

«Ici, deux heures de cours en moins, c'est beaucoup»

Ces derniers s’en donnent à cœur joie dans la cour de l’école. S’ils n’ont pas forcément très bien compris la raison de leur présence à une heure aussi tardive («Toutes les écoles publiques vont devenir privées», répond une élève de CM1), ils ont bien retenu un nom, «Darcos». Qui revient également sur les lèvres des adultes. Sa semaine de quatre jours et ses programmes «alourdis» ne passent pas. «Pour un quartier comme celui-ci, deux heures de cours en moins, c’est beaucoup», estime Corinne, maman de Elinor, 7 ans. L’équipe enseignante, au complet ce vendredi soir, se demande également comment elle va pouvoir caser les deux heures de soutien scolaire réservées aux élèves en difficulté dans la semaine. «Etant donné qu’il y a des activités périscolaires le soir, le rectorat nous incite à les assurer le midi. Mais ce n’est pas l’idéal pour des enfants qui ont déjà du mal à se concentrer», note l’un d’entre eux.

Autre doléance, le peu de temps consacré aux autres matières que le français et les maths. «Comment voulez-vous enseigner en quatre heures par semaine l’informatique, les langues vivantes, l’histoire-géo et l’histoire de l’art? Et la morale, elle va s’intégrer où?», déplore ce professeur des écoles. «Ce nouvel emploi du temps va pénaliser les élèves qui n’ont pas accès à la culture ou aux nouvelles technologies chez eux», poursuit-il. «On parle tout le temps de haute qualité environnementale (HQE), mais pas assez de haute qualité éducative», renchérit un parent d’élève, architecte. Et d’ajouter : «La seule énergie renouvelable aujourd’hui, ce sont les enfants.»

Catherine Fournier
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