JUSTICE - Dernière journée d'audience : la défense de Fourniret...
Encore une audience hors normes aujourd’hui au procès Fourniret. Alors que le verdict est prévu mercredi vers 14 heures, le tueur en série présumé s’est livré cette après-midi, à une ultime provocation devant les assises des Ardennes.
Fourniret se fait poète
Prenant la parole en dernier comme la loi l’y autorise, et après qu’un de ses trois avocats, le batonnier Pierre Blocquaux, ait dignement plaidé pour celui qui «appartient à notre humanité, hélas», Michel Fourniret a lu un texte en vers écrit selon lui par «le Michel blanc et le Michel noir», comme l’avait désigné son frère aîné pendant les débats, insistant sur la double personnalité de l’accusé.
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Pendant une dizaine de minutes, le «poète» Fourniret va régler ses comptes avec la cour, distribuant bons et mauvais points à l’issue de deux mois d’audiences à Charleville-Mézières.
L’avocat général traité de «roquet»
Principale cible de sa diarrhée verbale: l’avocat général
Francis Nachbar, qui n’avait pas été tendre avec lui dans son réquisitoire le 22 mai, le désignant comme «le petit Fourniret», «clown grotesque et grimaçant» qui «n’est rien». Avec un plaisir évident, Fourniret rend la pareille à l’avocat général, «petit Francis» traité de «roquet qui crache l’anathème». Francis Nachbar qui «fait plus dans l’opérette que dans le grégorien», est moqué, avec sa «grosse tête coiffant un avocat général empourpré». «Gloire à toi, Francis, lumière pour la révélation des gens!», clame Fourniret.
Monique Olivier, le «paillasson»
Après l’accusation, Michel Fourniret s’en prend à sa co-accusée et épouse
Monique Olivier. Celle-ci avait tenté de dire quelques mots avant la prise de parole de son mari, parvenant juste à bafouiller un «je regrette tout ce que j’ai fait» sans un regard pour les familles de victimes assises au premier rang. Fourniret, qui dit avoir « une terrible dent contre elle», la qualifie de «femme qui, sans âme, geint tel un paillasson».
Mais l’accusé, avec son «cœur de grand bonhomme», affirme dans le même temps qu’elle est «une pauvre bonne femme incapable de nuire à quiconque dans la société».
«SSP, simplet sur pattes»
Reste les familles des victimes, dont Fourniret a toujours justifié pour elles la tenue de ce procès. Pourtant, l’homme de 66 ans n’hésite pas non plus à les provoquer une ultime fois en se définissant de manière péjorative comme «un SSP, simplet sur pattes». Un écho macabre aux «MSP, membranes sur pattes» comme il surnommait ses phantasmes de vierges et de victimes dans les courriers qu’il échangeait avec Monique Olivier avant leur parcours sanglant.
Content de lui, le «pékin à grosses paluches», ne cachant pas quelques sourires en coin, termine son monologue, se tourne vers le président Latapie, et lâche avant de rasseoir: «voilà, c’est tout».
Pas d’appel en vue
Auparavant, son avocat, Me Blocquaux avait indiqué que, quel que soit le verdict, Michel Fourniret ne ferait pas appel. «Michel Fourniret connaît son sort depuis le début, il sait qu’il terminera sa vie en prison», avait-il déclaré dans sa plaidoirie. En revanche, les défenseurs de Monique Olivier n’ont rien dit lundi concernant la volonté ou pas de leur cliente de faire appel.
Dernière preuve du caractère exceptionnel de ce procès, l’avocat général Francis Nachbar a donné une conférence de presse après la fin des débats aujourd’hui. Une pratique exceptionnelle aux assises. Mal à l’aise, le magistrat a principalemen tenu à justifier ses «réquisitions orales» faites «en toute conscience, avec ma liberté de ton et avec mon cœur». Alors qu’il avait traité Monique Olivier de «grosse araignée gluante», Francis Nachbar a estimé que «dans ce dossier, ce sont les faits qui sont nauséabonds, pas les mots».
Peu après 15 heures, les douze jurés sont entrés en délibération. Coupé du reste de la ville, le jury doit rester jusqu’à son verdict dans une caserne de CRS de Charleville-Mézières réquisitionnée pour l’occasion. Ils doivent répondre à soixante-quinze questions portant sur les faits reprochés aux deux accusés ainsi que sur leur personnalité. Le verdict est attendu mercredi en début d’après-midi. Michel Fourniret encourt la perpétuité incompressible, Monique Olivier la perpétuité avec 30 ans de sûreté.
A Charleville-Mézières, Bastien Bonnefous