JUSTICE - Les avocats de l'épouse de Michel Fourniret ont pris sa défense ce lundi...
L’argument mérite d’être entendu. Sans Michel Fourniret, «Monique Olivier ne serait pas» assise dans le box des accusés, alors que sans Monique Olivier, «Michel Fourniret serait sûrement devant une cour d’assises». C’est le message qu’a tenté de faire passer
lundi devant le tribunal de Charleville-Mézières, Richard Delgenés, un des trois avocats de Monique Olivier.
La défense de la complice présumée de Michel Fourniret a plaidé pour ôter des épaules de leur cliente «le costume du monstre» qui, selon elle, «ne lui convient pas». Depuis deux mois, le procès de Charleville tend à unifier les responsabilités des deux accusés, quitte à faire passer Monique Olivier pour «aussi coupable» que Michel Fourniret, un argument utilisé à la fois par les
parties civiles que par
l’accusation. Argument inacceptable selon la défense de l’ancienne garde-malade. «Monique Olivier n’est pas Michel Fourniret», a résumé Richard Delgenès, pointant d’un côté «un tueur», de l’autre «une complice».
Les aveux de la sorcière
Principale preuve de cette «différence» entre les accusés: les aveux de Monique Olivier. Pour sa défense, ils «la distinguent de Michel Fourniret». Des aveux intervenus en 2004 et que Monique Olivier aurait fait pour «se libérer du joug» de Fourniret et pour «se libérer de tout, même et surtout des crimes où elle est impliquée». Des aveux où pointerait déjà «le germe de la repentance».
«Sans ses aveux, Monique Olivier ne serait pas en prison, Michel Fourniret serait déjà sorti, et les familles des victimes seraient toujours dans l’ignorance de la vérité», a rappelé Me Jean-Paul Delgenès, père de l’autre.
Fourniret l’illusionniste
Surtout, ses aveux sont pour la défense la preuve que Monique Olivier n’est pas «la sorcière» au QI «génial» de 131, qui manipulerait Michel Fourniret. Une lecture du couple faite dans jeudi dernier par l’avocat général dans son réquisitoire. «Si Monique Olivier est si intelligente, la logique est de se taire, pas d’avouer», estime Jean-Paul Delgenés, comparant «le chemin d’aveux, de honte et de regret» de l’une au «chemin d’aveux froids, de manipulation et d’absence de regret» de l’autre.
Une manière surtout pour la défense de redonner à Michel Fourniret son diplôme de pervers en chef, pointant sa «brutalité» et son «pouvoir de manipulation». «Incroyable Fourniret qui a réussi à se faire tout petit», explique Me Delgenés, estimant que l’accusé, en deux mois d’audience, est parvenu à passer du statut «d’accusé principal à celui de témoin à charge contre Monique Olivier», de «général en petit soldat».
Les limites du genre
Si les plaidoiries de la défense ont été parfois remarquables d’intelligence, elles ont marqué les limites du genre à quelques reprises. Au premier chef, le «pacte criminel» passé entre les deux accusés en 1986 au moment de leur rencontre alors que Michel Fourniret est en prison pour agressions sexuelles. Dans un échange de lettres, «le fauve» et sa «mésange» promettent de s’épauler dans le pire: lui tuera son ex-mari si elle l’aide à trouver «une vierge».
Pour Richard Delgenès, «sur ce pacte, on n’a fait que des raccourcis», affirmant que Monique Olivier «n’a pas vu, n’a pas voulu voir, n’a pas cru au projet criminel». La femme, «seule et sans idée de haine ni sentiment de vengeance», aurait été manipulée et endormie par le scripte Fourniret. «Ce pacte n’est pas un pacte, c’est un diktat criminel!», selon Me Delgenés.
Autre limite, le premier meurtre présumé du couple, celui d’Isabelle Laville en décembre 1987. Pour Jean-Paul Delgenés, Monique Olivier «s’est sentie piégée» quand «Michel Fourniret entre en action». Elle «panique» et découvre alors «le vrai Fourniret».
Et si après le meurtre, «elle reste et ne le dénonce pas, c’est par peur de la prison, peur de lui, et parce qu’elle est devenue complice». Un peu court quand l’enquête a établi que Monique Olivier a séduit seule la jeune femme pour la faire monter en voiture, avant de prendre le faux auto-stoppeur Fourniret, acceptant donc le stratagème prémédité du tueur.
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Enfin, Richard Delgenés a évoqué le meurtre de Jeanne-Marie Desramault, en mars 1989, le seul qui vaut à Monique Olivier d’être poursuivie pour homicide. L’accusation estime qu’elle aurait étouffé la jeune fille qui se débattait entre les mains de Fourniret, en lui posant une bande d’élastoplast sur la bouche. Pour Richard Delgenés, «ce sparadrap n’est pas meurtrier», affirmant que sur ce meurtre, «Monique Olivier est complice, sur le côté, mais pas co-auteur, car l’instant ultime n’appartient qu’à Fourniret, le film ne se joue qu’à un, à ce moment-là».
Le procès, la suite
La défense a demandé aux jurés «une différence symbolique» dans les peines qu’elle infligera aux deux accusés. L’accusation a réclamé la perpétuité incompressible pour Michel Fourniret, la perpétuité avec une période de 30 ans de sûreté pour Monique Olivier. Mardi après-midi, les débats se terminent avec les plaidoiries des avocats de Michel Fourniret. Verdict attendu mercredi.
A Charleville-Mézières, Bastien Bonnefous