Le cercueil pour Fourniret, la carte vermeil pour Olivier

Publié le 23 mai 2008.

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL - En requérant la perpétuité incompressible pour Fourniret et la perpétuité assortie d'une période de sûreté de 30 ans, le ministère public...

Le ministère public a requis les peines les plus sévères prévues par la loi, jeudi au procès de Charleville-Mézières. Contre Michel Fourniret a été réclamée par l’avocat général, Francis Nachbar, la réclusion criminelle à perpétuité «incompressible», établie par la loi du 1er février 1994, et qui interdit tout aménagement de peine au condamné. Contre Monique Olivier, sa complice, le parquet a demandé la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 30 ans. En clair, pour l’accusation, Michel Fourniret ne doit pas sortir de prison autrement que dans un cercueil, et Monique Olivier, 59 ans, ne doit pas retrouver le monde libre avant l’âge de 89 ans.

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La journée de jeudi a été particulièrement éprouvante, frôlant même parfois l’insoutenable, tant le rappel des faits – certains dans un détail extrême – par l’avocat général, a été pénible pour toutes les parties. Pendant quatre heures, Francis Nachbar s’est attelé à détruire Michel Fourniret et Monique Olivier. En particulier cette dernière, au point parfois de faire oublier qu’il y avait deux accusés dans le box.

«Le petit Fourniret»

Pour le magistrat, le cas «abject» de Fourniret mérite à peine que l’on s’y attarde. Le tueur en série, surnommé tout au long du réquisitoire «le petit Fourniret», est un «clown grimaçant et grotesque au service du mal», un «monstre nécrophile» qui n’a «que l’apparence d’un être humain». En deux mois de procès, Michel Fourniret a reconnu laconiquement les sept meurtres de jeunes femmes ou adolescentes assorties de viols ou tentatives de viols, qui lui sont reprochés. Refusant de parler à la cour, l’homme âgé de 66 ans n'a rompu son vœu de silence que pendant quatre jours, ne s’exprimant donc que sur trois meurtres: ceux d'Isabelle Laville dans l'Yonne en 1987, de Fabienne Leroy dans la Marne en 1988 et de Jeanne-Marie Desramault tuée en 1989 dans les Ardennes. Qu’est-il ressorti de ses explications souvent ampoulées et polluées de digressions inutiles? Il a reconnu être dans «un état second» lors de l'étranglement d'Isabelle, et avoir jeté son dévolu sur Fabienne de manière «non préméditée». Bien maigre récolte pour la cour.

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Monique Olivier, la «muse sanglante»

En revanche, le cas de Monique Olivier est presque plus important aux yeux de l’accusation. Francis Nachbar a estimé que sans la complicité de cette ancienne garde-malade, le «petit Fourniret», condamné exclusivement pour des violences sexuelles avant de la rencontrer, ne serait sans doute pas passé au meurtre. Monique Olivier a été son «égérie du crime», sa «conseillère en impunité», une «muse sanglante» qui lui a permis d’assouvir ses pulsions. Par ces accusations, l’avocat général a voulu mettre à bas le système de défense de Monique Olivier depuis le début du procès et même depuis le début de l’affaire, après l’arrestation de Fourniret, en 2004. Si, jusqu’à présent, Monique Olivier a pu reconnaître sa complicité dans plusieurs des assassinats de Michel Fourniret, elle a toujours affirmé avoir été sous l’emprise et la contrainte de son «fauve». «De la comédie!», a estimé l’avocat général, certain que celle-ci n’a «pas été l’otage» de celui-là, mais qu’au contraire, ces «deux fêlés» se sont nourris l’un l’autre. «Si le diable existe, il est à double visage, avec le recto boursouflé du petit Fourniret, et le verso impavide, lisse de toute humanité d’Olivier», a tempêté Francis Nachbar, allant même un peu plus tard jusqu’à hurler «A gerber Fourniret ! A gerber Olivier!».

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Haro sur Olivier

L’avocat général a particulièrement insisté sur la participation de Monique Olivier aux crimes. Il a rappelé que c’est elle, «grosse araignée gluante», qui a abordé en voiture Isabelle Laville, Fabienne Leroy, ou Natacha Danais, leur demandant sa route pour mieux les amadouer. C’est elle aussi qui, enceinte de huit mois de son fils Sélim, a menacé avec un revolver Fabienne Leroy, l’a ensuite déshabillée et «vérifié sa virginité» avec son doigt, avant de la livrer à son mari. Elle qui a ligoté Jeanne-Marie Desramault avant son viol par Fourniret, «petite araignée vibrionnante». Cette aide à maîtriser et étouffer Jeanne-Marie Desramault – que Monique Olivier nie – lui vaut d’être poursuivie pour homicide dans ce dossier. Elle encore qui a fait la toilette intime de la petite Elisabeth Brichet, 12 ans, avant son viol. Elle enfin, qui a drogué Isabelle Laville et «sucé» Fourniret pour «le mettre en condition» avant le viol, selon les termes utilisés par Francis Nachbar. Après cette litanie accablante, l’avocat général s’est tourné vers Monique Olivier, en lui crachant: «Comment pouvez-vous encore manger, dormir, faire vos mots croisés, sourire, rire?»

Des accusés impassibles

Durant toute la durée du réquisitoire, les deux accusés se sont comporté comme depuis le début des débats. Michel Fourniret a écouté, la tête droite et les bras croisés sur son torse, fermant parfois les yeux comme pour se reposer. Monique Olivier, elle, est restée en permanence tête baissée et épaules voûtées, sa main droite passant parfois sur sa joue ou dans ses cheveux. Mais pas un mot, pas une larme, aucune émotion visible de la part des époux, qui n’ont pas eu un semblant de réaction lorsque l’avocat général a énoncé les peines requises.

Leur procès, débuté le 27 mars 2008, reprend lundi après-midi avec les plaidoiries des avocats de Monique Olivier, suivies mardi de celles des défenseurs de Michel Fourniret. Le verdict est attendu mercredi dans la journée.
De notre envoyé spécial à Charleville-Mézières, Bastien Bonnefous
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