
INTERVIEW - Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d'économie américain, est l'auteur d'«Une guerre à 3.000 milliards de dollars»...
Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d'économie américain, ex-conseiller économique de Bill Clinton, est l'auteur d'Une guerre à 3.000 milliards de dollars, éditions Fayard, 22 euros.
Selon vous, la guerre en Irak va coûter 3.000 milliards de dollars d'ici à 2017. Est-ce inéluctable ?
Si on part très vite d'Irak, d'ici un ou deux ans, le coût sera moindre, environ 2017 milliards. Mais plus on reste, plus les coûts s'envolent.
Mais a priori, un départ rapide n'est pas prévu...
On ne sait pas encore. Ce qu'on sait, c'est que Barack Obama [candidat à l'investiture démocrate] est plus enclin à le faire que John McCain [candidat républicain].
Vous êtes très critique envers la façon dont George W. Bush a financé la guerre en Irak
Le Président a essayé de persuader les Américains qu'on pouvait faire la guerre gratuitement. Il l'a financée différemment de tous les autres conflits : non pas par l'impôt - un sacrifice partagé - mais par des emprunts financiers. Cette guerre a été mise sur le compte de cartes de crédit. Les générations futures devront payer pour ça. En fait, Bush voulait que les Américains n'aient pas à subir le coût via des impôts. Comme ça, ils pouvaient être en faveur de la guerre puisque qu'ils pensaient que cela ne leur coûtait rien ! Mais c'est faux, il n'y a pas de guerre gratis.
Quelles sont les erreurs de Bush, selon vous ?
Il a agi de façon très irresponsable. C'est le président qui a le plus divisé la population. En outre, l'administration et le Congrès (républicain au début de l'intervention américaine en Irak) pensaient que cette guerre était le moyen de récompenser leurs supporters en leur faisant faire de l'argent. Ça a été le cas pour Halliburton, le groupe pétrolier du vice-président Dick Cheney.
Les Américains connaissaient-ils le coût de la guerre avant votre livre ?
Non, car l'administration Bush a essayé de le cacher en multipliant les comptabilités : pas moins de 26 différentes ! Dans l'addition, nous avons aussi inclu le nombre de blessés de retour d'Irak. Quand j'ai écrit le livre, 39% revenaient avec des handicaps. On redoute que ce soit pire aujourd'hui : un sur deux. Or il faut aussi payer la pension d'invalidité de ces hommes, par ailleurs accueillis de façon déplorable à leur retour.
Quel lien y a-t-il entre le ralentissement économique aux Etats-Unis - vous avez parlé de «la pire récession depuis les années 1930» - et la guerre en Irak?
La guerre a contribué à la flambée du prix du pétrole et n'a pas stimulé l'économie, qui s'est retrouvée affaiblie. La Réserve fédérale, la Fed, a donc dû injecter de l'argent pour réparer les dégâts. Résultat, les gens pensaient que l'économie allait bien, malgré la hausse des prix du pétrole. Or il y avait un problème : avec la Fed, on vivait sur de l'argent emprunté. Nous en payons le prix maintenant.
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