INTERVIEW - Michael Stora, psychologue-psychanalyste, réagit à l'initiative d'une école strasbourgeoise...
Michael Stora, psychologue et psychanalyste, fondateur de l'
Observatoire des mondes numériques en sciences humaines, réagit pour 20minutes.fr à
la semaine sans écran lancée par une école primaire strasbourgeoise.
Comment vous, auteur de «Guérir par le virtuel» (éd. Presse de la Renaissance), percevez une initiative qui vise à tirer un trait pendant dix jours sur la télé, Internet et les jeux vidéos?
L'expérience est intéressante dans la mesure où elle renvoie les enfants à la question de l'ennui et au fait d'exister en dehors des écrans. Mais elle risque de se heurter à un autre problème, celui des limites posées à la maison. Ce n'est pas à l'école de se substituer aux parents. En faisant cela, elle décrédibilise leur autorité, déjà mise à mal.
Pourquoi est-elle mise à mal?
J'ai pu observer lors de mes consultations que les parents ont de plus en plus de mal à mettre des limites à leurs enfants, de peur ce que ces derniers ne les aiment plus. Plutôt que de stigmatiser les nouvelles technologies, mieux vaudrait mettre en place un soutien à la parentalité. Car c'est absurde d'imaginer une vie sans écrans aujourd'hui.
L'initiative strasbourgeoise symbolise-t-elle selon vous le rapport qu'entretient la société française avec Internet?
On observe en effet une dérive moraliste et sécuritaire vis-à-vis d'Internet et le fait que la France prenne la présidence européenne
avec Nadine Morano comme secrétaire d'Etat à la Famille n'est pas pour me rassurer. Nous sommes à la traîne. Il y a pourtant des enjeux psycho-éducatifs passionnants dans l'écran interactif: Wikipedia, les blogs, les jeux vidéos pédagogiques... De toute façon, plus on diabolise Internet, plus les ados vont aimer ça.
Propos recueillis par Catherine Fournier