Michel le chasseur et Monique la perverse

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Publié le 16 mai 2008.

JUSTICE - Le compte rendu de la 27e audience...

Un tueur cynique et une complice perverse. C’est ce qui est ressorti de la 27e audience ce jeudi du procès de Michel Fourniret et Monique Olivier, devant les assises de Charleville-Mézières. Les deux accusés ont été, l’un après l’autre, mis à la peine tout au long de la journée.

Ce jeudi matin, c’est Michel Fourniret qui a donné de lui l’image désormais classique du manipulateur provocateur et pathétique à la fois.

>> Ce vendredi, Fourniret évoque les autres victimes, suivez l'audience en direct en cliquant ici


Evoquant ses meurtres présumés pour la première fois depuis qu’il a accepté de parler devant la cour, il est revenu sur ses deux premiers crimes connus, ceux d’Isabelle Laville le 11 décembre 1987 et de Fabienne Leroy le 4 août 1988. Mais il l’a fait à sa façon, préférant parler de «rencontres» ou d’ «accostages» plutôt que dire le vrai: enlèvement, viol et meurtre, par étranglement pour la première, par balle pour la deuxième.

Pire, concernant Isabelle Laville - kidnappée à Auxerre par Monique Olivier qui joue l’automobiliste perdue avant de prendre en stop quelques mètres plus loin Michel Fourniret-, l’accusé a nié la préméditation évidente. Au mépris de la famille de la victime, présente au premier rang dans la salle, il a fait le beau et laché que la jeune fille de 17 ans «a été l’instrument du destin placé sur ma route, comme le braconnier qui s’en va sans savoir s’il va ramener un faisan, un garenne, ou rien du tout».

«Je dis ce que j’ai dans la tête»

Plus tard, il est allé plus loin encore, en racontant le calvaire de Fabienne Leroy, 20 ans, trompée toujours par une Monique Olivier enceinte au volant à Saint-Hilaire-le-Grand, violée dans un pré par Fourniret et tuée d’un coup de fusil. Pendant l’agression, Fabienne Leroy a été tenue en joue par Monique Olivier, mais la complice de Fourniret «tenait l’arme d’une manière si maladroite que Fabienne a dû en être divertie», a-t-il précisé sans sciller.

«Divertie? Vous rendez-vous compte de vos paroles?», s’est alors insurgé l’avocat général. «Je confirme, je ne cherche pas à vous convaincre, je dis ce que j’ai dans la tête», a répliqué Fourniret.

Durant tout le macabre «show Fourniret», Monique Olivier est restée, comme à son habitude, quasi silencieuse et prostrée dans son coin du box. A de rares moments, elle a fait entendre sa voix pâteuse et endormie, à chaque fois pour atténuer sa participation directe aux deux meurtres.

La défense de Monique Olivier démontée

Mais cet après-midi, l’épouse de Fourniret a été la cible de la plupart des experts psychiatres et psychologues, venus déposer devant la cour après avoir examiné le duo criminel. Tous ont à leur manière, démonté la stratégie de victimisation de Monique Olivier qui cherche depuis le début de l’instruction et du procès à apparaître sous la domination totale de Fourniret.

Pour le psychiatre Paul Belvèze, Monique Olivier n’est «ni dépressive, ni psychotique, ni névrosée». Elle est pire, «une perverse». «Elle donne l’impression d’avoir une personnalité soumise et passive, mais en réalité elle est tout à fait capable de réagir», a estimé l’expert, ajoutant qu’elle n’a « aucune compassion pour les victimes » qui ne sont que «des objets pour elle».

50-50 ou 60-40

Son confrère Bernard Duffosez a renchéri, considérant que Monique Olivier «masque sa perversion derrière une soi-disante soumission», comme Michel Fourniret masque la sienne «derrière une politesse cruelle et une envie de toute-puissance». «L’un et l’autre se sont influencés. Impossible de dire si c’est du 50-50, du 60-40, on pourrait en débattre pendant des heures, ça ne changerait pas grand chose», a conclu le psychiatre.

Une maîtrise de soi et une capacité de réaction que Monique Olivier, dont les tests ont établi le QI entre 95 – intelligence moyenne – et 131 – intelligence supérieure –, a montré malgré elle à la cour. Réagissant au diagnostic sans appel du docteur Belvèze, l’accusée s’est emportée. Bien droite et d’une voix claire, elle a estimé qu’«on ne peut pas prétendre connaître une personne en l’interrogeant quelques heures ci ou là».

Proche de la femme de Marc Dutroux

«On dit que je ne pleure pas, mais personne ne voyait si je ne pleurais pas dans ma cellule. Je suis un être humain, j’ai du cœur. Si je ne pleure pas, c’est par respect pour les familles. Je suis incapable de montrer mes sentiments; je ne suis pas une comédienne. Si j’avais eu une personnalité forte, j’aurais fait comme les autres femmes de Michel Fourniret, je l’aurais quitté», a plaidé Monique Olivier.

Durant sa déposition, Paul Belvèze s’est souvenu d’une «anecdote» concernant l’accusée. «Quand je l’ai examinée à la prison de Namur, j’ai trouvé qu’elle s’était vite adaptée à l’univers carcéral. Elle se tenait à l’écart des autres détenues, mais elle s’était rapprochée d’une seule autre détenue: Michèle Martin, l’épouse de Marc Dutroux».

Le procès continue vendredi, avec l’examen le matin des autres meurtres du couple, et la suite des expertises psychiatriques l’après-midi. Verdict prévu à la fin du mois.
A Charleville-Mézières, Bastien Bonnefous
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