Lucie Ceccaldi: «Si je ne parle pas tant que ça de Houellebecq, c’est parce je ne m’en suis pas beaucoup occupé»

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Publié le 5 mai 2008.

LIVRES – Interview de Lucie Ceccaldi, la mère de Michel Houellebecq, est en pleine forme...

Elle l’appelle «Houellebecq» ou «mon fils», plus rarement «Michel». Lucie Ceccaldi, 83 ans, la mère de l’écrivain de «La Possibilité d’une île» a pris la plume pour raconter sa vie emplie d’un paquet d’«emmerdements» depuis son enfance en Algérie jusqu’à l’Ile de la Réunion, où elle vit maintenant dans une petite maison sur pilotis.

Dans «L’Innocente», un livre de 413 pages (éd. Scali, 19,90 euros), Lucie Ceccaldi, ancien médecin anesthésiste sortie major de la faculté de médecine d’Alger, ne mâche pas ses mots pour évoquer ses maris («L’Epoux», qu’elle nomme par sa fonction), amants et progénitures. Bébé, Houellebecq était un enfant goulu («Michel, François - Michel en raison de la balade au Mont-Saint-Michel, François parce qu’il faut un deuxième nom et celui-là me plaît - tétait si vigoureusement, qu’au bout de quelque trois semaines, j’avais des crevasses impossibles», écrit-elle); la brouille entre la mère et le fils s’officialise par écrit et publiquement: lui évoque son nom dans ses livres et la déclare morte dans la presse, elle le traite d’«imposteur» et de «parasite» et l'accuse d'avoir «fondé sa fortune sur sa diffamation (son nom est cité pour le personnage de la mère dans «Les Particules élémentaires», ndlr). Interview.

Pourquoi ce titre, «L’Innocente»? De quoi voulez-vous vous dédouaner?
«L’Innocente», c’est moi. Innocente de tout ce dont on m’a accusé: d’être une mauvaise élève, une mauvaise femme, une mauvaise mère, une mauvaise malade parce que je ne faisais pas ce qu’il fallait pour me soigner. Mais me dédouaner, non. Quand je dois passer la douane, je planque ce qu’il faut où il faut, comme le chocolat quand on revient de Suisse.

Pourquoi ne pas avoir écrit ce livre plus tôt?
Parce que je n’en avais pas envie avant. J’ai commencé à l’écrire en 2005, sans doute parce que je m’emmerdais dans ma chambre d’hôtel à Paris et que je ne savais pas quoi foutre entre deux opérations de la cataracte. Si ça n’avait tenu qu’à moi, le manuscrit serait resté en l’état, mais Denis Demonpion, un ami journaliste (qui a écrit une biographie non autorisée de Houellebecq, ndlr), m’a dit que c’était super, qu’il fallait le publier. C’est lui qui a tapé sur son ordinateur ce que j’avais écrit à la main — et avec une vieille machine à écrire — et qui a démarché les éditeurs. Il l’a fait bénévolement. Je ne sais plus quel imbécile de journaliste a écrit qu’il m’avait servi de nègre. Je n’ai pas d’énergie à perdre pour le trouver, mais si je croise celui qui a écrit ça, je lui fous une tarte. Il prendra même deux baffes si Denis est avec moi: une de moi, une de Denis. Je ne sais pas pourquoi les gens sont aussi bêtes, alors que jamais je n’aurais accepté que Denis change ne serait-ce qu’une virgule à mon texte.

Sur le bandeau mis sur votre livre, il y a écrit «Lucie Ceccaldi est la mère de l’écrivain Michel Houellebecq. Voici les clés de l’œuvre de son fils». Pourtant, vous ne parlez pas tellement de Michel Houellebecq dans vos 413 pages. «Mère de»: argument marketing?
C’est sûr que ça fait vendre. Si j’étais la mère de Sarko et que j’écrivais un livre, la maison d’édition le dirait aussi. Mais mon fils ne fait pas l’objet de mon livre. Si je n’en parle pas tant que ça, c’est parce je ne m’en suis pas beaucoup occupé (Michel Houellebecq a surtout été élevé par sa grand-mère, ndlr). Aujourd’hui, il est grand, majeur, libre et indépendant, et je ne l’ai pas revu depuis 1991.

Que s’est-il passé la dernière fois que vous l’avez vu?
On s’est disputé à propos de la guerre du Golfe. C’était à Paris, en 1991 donc. Après notre dispute, on a pris le métro ensemble. Je devais descendre à la station Châtelet pour prendre ma correspondance, lui continuait sur cette ligne. Je lui ai dit «tu sais où me trouver, tu as mon adresse. Mais donne-moi la tienne», et lui a répondu: «non, je suis hébergé». Et puis, voilà, c’était fini.

Vous n’avez pas cherché à le rappeler ou à prendre contact avec lui depuis?
C’est lui qui ne veut pas me voir.

Ecrire ce livre maintenant, c’est une sorte de testament pour vous?
Non, ce n’est pas pour faire un bilan dont tout le monde se fout. Je ne vois pas l’intérêt des biographies, même s’il s’agit de Napoléon.
Recueilli par Alice Antheaume
Pas de commentaire
Pendant ce temps, Michel Houellebecq met la dernière main à l'adaptation au cinéma de son roman «La possibilité d'une île» (Fayard). Et observe jusqu'à présent le silence radio sur le livre de sa mère.
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