Leurs parents ont « fait » 68 comme d'autres ont fait l'Indochine : en soldats de la révolution. Maoïstes, trotskistes, ils ont été les leaders politiques, étudiants ou intellectuels, des événements d'il y a quarante ans : Roland Castro, Henri Weber, Alain Krivine... Des hommes qui ont eu des enfants, aujourd'hui quadras, et qui commencent à prendre la parole.
Le mérite en revient à Virginie Linhart, réalisatrice de documentaires et fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement maoïste à cette époque en France. Née en 1966, Virginie Linhart a voulu écrire sur son père, devenu quasi-mutique et dépressif après Mai 68, un état qui s'est aggravé après l'élection de Mitterrand en 1981. A partir de son traumatisme personnel, la jeune femme a rencontré les filles et fils de 68. Son livre*, passionnant même s'il n'a pas valeur d'enquête sociologique, dévoile des enfants élevés dans la liberté totale par des parents souvent absents car happés par la lutte militante, et dans une surpolitisation de la vie. Des parents qui rêvaient du Grand Soir, mais qui voulaient dans le même temps les meilleures écoles pour leur progéniture. Au final, si tous s'intéressent à la politique, une grande majorité de ces enfants de mai ont rejeté tout engagement, et beaucoup mènent une vie bourgeoise bien réglée.