Patrick Rotman
Auteur des Années 68 (Seuil)
Que reste-t-il de Mai 68 ?
Principalement des acquis sociaux et culturels, mais pour moi l'héritage de Mai 68 est terminé. Mai 68 c'est de l'histoire, au même titre que le Front Populaire ou la Libération de Paris. Notre société est différente de celle de 1968 et cela n'a aucun sens d'invoquer l'esprit de mai dès que l'on manifeste. Ça montre bien la profondeur du fantasme.
Mais Nicolas Sarkozy veut « liquider l'esprit de 68 »...
Cela n'a aucun sens, on ne liquide pas un événement historique, à moins que le président veuille revenir sur les avancées sociales qui ont découlé de mai 68 et que soutiennent les Français : la contraception, le droit à l'avortement, la majorité à 18 ans...
Les soixante-huitards tiennent-ils notre société ?
Autre fantasme. Mis à part quelques noms dans le monde culturel et médiatique, les soixante-huitards n'ont pas le pouvoir aujourd'hui en France. Quel grand patron, quel grand politicien, quel grand financier français est un soixante-huitard ? On cite toujours André Glucksmann, Serge July ou Bernard Kouchner, mais ce sont trois noms contre des centaines de milliers de manifestants anonymes dont on ne parle jamais.
Mai 68, échec ou succès ?
Sur le plan politique, c'est une forme d'échec. L'idéologie de 68, les croyances révolutionnaires, le rêve de Grand Soir, ont vécu depuis longtemps. En revanche, sur le plan culturel, c'est un succès. Mai 68 est le dernier grand moment de l'histoire collective de la France, un frisson existentiel qui a touché toutes les catégories sociales, et qui a modifié le rapport au travail, à la famille, à la vie en somme. Depuis, ça ne s'est jamais reproduit, même en mai 1981 lors de l'élection de Mitterrand.