JEUX VIDEO – Décryptage d’un phénomène socialo-culturel...
Plus qu’un jeu vidéo, GTA (Grand Theft Auto) est érigé au rang de phénomène socialo-culturel. Alors que sort ce mardi le quatrième opus de la série, GTA IV, les fondateurs s’attendent à écouler plus de 6 millions d’exemplaires (soit 400 millions de dollars de recettes) dès la première semaine de sa mise en vente. Pourquoi un tel succès? Décryptage en sept points.
- Parce que GTA mêle hip-hop et cinéma
Le jeu reprend les poncifs du rap (bagnoles à gogo, nanas plutôt dévêtues, mafias locales) et les mixe avec ceux du cinéma. Ainsi, GTA IV se situe à New York, ville qui a déjà servi de lieu d’action à un paquet de films, de «King Kong» à «Die Hard». Le tout
annoncé à grands renforts d’affiches d’une fille à gros seins qui lèche une sucette; ça attire toujours le regard.
- Parce que jouer à GTA, ça forcerait l’intelligence
A force d’évoluer dans des milieux graphiques complexes, où il faut synthétiser des informations visuelles dans tous les sens, les joueurs développeraient les facultés d’anticipation de leur cerveau. C’est ce qu’
affirme Daphné Bavelier, professeur de sciences cognitives à l’Université de Rochester, à New York.
- Parce que jouer à GTA, c’est un marqueur générationnel
Les associations de parents s’insurgent devant la violence d’«un monde où l’on peut faire exactement ce que l’on veut»,
comme le proclame Dan Houser, 34 ans, l’un des auteurs des épisodes GTA. Trop de cassages de trombines, trop de braquages et trop de drogues. Et si leurs chères progénitures devenaient des tueurs en puissance à force de jouer? Il n’y a pas de lien forcé entre violence dans un jeu et violence dans la réalité, répond Mia Consalvo, chercheuse sur les jeux vidéo à l’Université d’Ohio: «si cette relation de causalité existait vraiment, on assisterait à une nette hausse de la violence chez les enfants, or ce n'est pas le cas». Et ça, les ados d’aujourd’hui l’ont bien compris. Il n’y a plus que leurs parents pour s’en inquiéter encore, marquant ainsi le fossé qui les sépare dans leur façon de voir le monde.
- Parce qu’un jeu interdit aux moins de 18 ans, ça fait envie aux moins de 18 ans
Face au langage («tu délires mec! Tiens fume mon bedo cubain, ça te changera» ou «tu bouffes trop, tu vas écraser ma soeur après»), aux scènes de fusillade et au mode «Hot Mod Coffee» qui permet de voir sur écran des scènes sexuelles, de nombreux pays ont interdit GTA à la vente aux moins de 18 ans. C’est le cas de la France où il faut présenter sa pièce d’identité pour l’acheter. Ce n’est pas nouveau: l’interdiction suscite la curiosité. Curiosité qui trouve satisfaction sur les sites illégaux où l’on télécharge à tout âge les épisodes de GTA.
- Parce que GTA, c’est le fantasme de l’homme macho
Mieux, la curiosité est unisexe. D’après une étude menée par le docteur Kutner, co-auteur du livre «Grand Theft Childhood» («vol qualifié d’enfance» en VF), les filles âgées de 12 à 14 ans classent GTA au 2e rang des jeux les plus populaires, juste derrière Les Sims, un jeu de simulation de vie où la moitié des adeptes sont des joueuses. Mais dans GTA, les fonctions de personnalisation des personnages et de l’espace, réputées «féminines», sont bien moins développées que dans Les Sims. Et si c’était un fantasme féminin d’incarner dans le virtuel un voyou qui vole des voitures et se tape des prostituées?
- Parce que le jeu est canon. Vous saurez pourquoi en lisant notre test ce mardi sur 20minutes.fr
- Parce que faire une série, c’est prenant
Pour fidéliser la clientèle, égrener une histoire par épisode a déjà fait ses preuves. Ça a marché avec Zola et ses Rougon-Macquart, la saga Star Wars, ou «Desperate Housewives». GTA a repris la recette en découpant sa formule en quatre volets et, de la même façon que les séries télé font appel à guest stars, GTA a modélisé en haute définition des stars de la réalité. Ainsi, Karl Lagerfeld, le patron de Chanel, y fait une
apparition. «Ce sont des jeux qui changent le monde», a lancé le styliste en parlant de GTA. Carton assuré.
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Alice Antheaume