SOCIAL – Xavier Bertrand a reçu les organisations syndicales et patronales, lundi, pour discuter de son projet de loi…
Le marathon engagé lundi matin par Xavier Bertrand portera-t-il ses fruits? Le ministre du Travail reçoit les organisations syndicales et patronales afin de leur
présenter un document d'orientation sur les retraites. Un texte qui est loin de faire l'unanimité...
Document «gravissime»
«On n'a pas de désaccord particulier sur l'ensemble des propositions. Compte tenu de l'allongement de la durée de vie, nous sommes tout à fait favorables (...) à ce qu'on augmente la durée de cotisation» a déclaré le président de l'
UPA (artisanat), Pierre Martin, après avoir été reçu par Xavier Bertrand. Il s'est également dit favorable à une hausse des «contributions dans la mesure où on procède à un lissage avec la baisse de la cotisation chômage».
A l’opposé, le secrétaire général de la
CGT, Bernard Thibault, a estimé que document du gouvernement était «gravissime». «Au final, il faudra travailler plus, plus longtemps pour gagner moins, d'où un ensemble de mesures destinées à cumuler plus systématiquement emploi et retraite», a-t-il souligné, estimant que le gouvernement, «de fait, fait disparaître le droit» à la retraite à 60 ans. Bernard Thibault a appelé à une mobilisation unitaire le 1er mai et au-delà.
«A la lecture du document, on a l'impression que nous n'avons jamais discuté de l'avenir des retraites. Or, nous avions rencontré le gouvernement et fait des propositions pour d'autres pistes de financement», a-t-il ajouté.
Une bonne nouvelle
Reçu plus tôt, le secrétaire général de la
CFDT, François Chérèque, juge que le texte se résume à «quelques petites mesures qui ne sont pas au niveau de l'enjeu». Le principal point de désaccord est le «déclenchement du passage à 41 ans (de cotisation) dès maintenant, alors que l'emploi des seniors n'est pas au niveau de ce qui est nécessaire pour le faire», a-t-il souligné. Seule bonne nouvelle, selon François Chérèque: «le maintien des carrières longues», c'est à dire le dispositif permettant à des salariés ayant commencé à travailler très jeunes de partir avant 60 ans.
Le dirigeant a énuméré «trois absences étonnantes: rien sur les métiers pénibles et leurs conséquences en termes de retraite, rien sur l'alimentation du fonds de réserve des retraites, qui est un élément fondamental pour la période 2020-2050, et rien sur les polypensionnés, ce qui était une promesse faite pour ceux qui étaient dans les régimes spéciaux». «La copie est à revoir au minimum sur la date du déclenchement des 41 ans de cotisation et largement à compléter sur tous les autres points», a-t-il résumé.
41 ans de cotisation, «un minimum» pour le Medef
Pour le
Medef, le passage prévu de 40 à 41 ans de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein constitue «un minimum». L’organisation patronale, reçue en début d’après-midi par Xavier Bertrand, a affirmé à l'issue de con entretien qu’elle ferait «ce qu'il faut pour inciter les entreprises à ne pas faire partir trop tôt les gens à la retraite». Concernant l'emploi des seniors, «on a pris un certain nombre de débuts de mesures favorables» dont «la libéralisation du cumul emploi-retraite qui nous paraît tout à fait indispensable», à déclaré le représentant de l'organisation patronale, Jean-René Buisson, à l'issue de son entretien avec le ministre du Travail.
Reçu juste avant, le président de la
CFTC, Jacques Voisin, a estimé au contraire que le gouvernement «n'avait pas fait le tour» des solutions. Et de se déclarer «favorable» à une action unitaire «pour faire bouger les choses». «Il ne peut pas y avoir de prolongation de la durée de cotisation sans que les autres questions soient regardées. Tant qu'on n'a pas fait le tour des autres solutions sur les recettes, le financement, la question de la pénibilité, nous rejetons l'allongement de la durée de cotisation», a souligné Jacques Voisin, évoquant, entre autres, la possibilité d'agir sur la participation et l'intéressement des salariés.
Appel à mobilisation le 15 mai
«Le passage à 41 ans aujourd'hui ne se justifie pas, on va se retrouver (avec d'autres syndicats) pour défendre les 40 ans, comme FO le fait aujourd'hui» a-t-il ajouté. «Nous défendrons aussi les autres mesures, notamment sur le financement. FO parle aussi des autres sources de financement, la CFDT le dit aussi», a poursuivi Jacques Voisin, se disant «plus proche de la démarche de Force Ouvrière que des autres confédérations en la matière».
Le secrétaire général de
FO Jean-Claude Mailly a appelé lundi à une mobilisation des salariés sur les retraites, le 15 mai. Une date symbolique puisque c’est ce jour qu’on choisi les lycéens et enseignants pour manifester contre la réforme de Xavier Darcos.
Reçu plus tôt, Jean-Claude Mailly, s'est montré aussi méfiant. «J'ai expliqué à différentes reprises que 41 ans de cotisation, ça conduisait à travailler plus pour gagner la même chose, ou moins, puisque le relèvement des pensions se fait moins bien qu'avant ou alors vous partez avant avec une retraite amputée», a-t-il déclaré devant la presse avant son entretien avec le ministre du Travail.
«Il y avait d'autres pistes de financement possibles. Aucune n'est retenue», a-t-il ajouté, citant notamment une taxation de «l'intéressement, la participation, les stocks-options (...) ou une augmentation de l'impôt sur les bénéfices pour les dividendes distribués aux actionnaires». Et d’ajouter: «Dans le schéma qui nous a été distribué, qui s'en sort bien? Le patronat. On ne demande rien aux entreprises (...) Ça conduit progressivement à aller vers un système de retraite individuelle. Quand vous mettez des surcotes, des décotes, vous mettez des bonus, on va vers une logique individuelle», a-t-il regretté.
«Deux ou trois points de désaccord»
Première organisation reçue par Xavier Bertrand, lundi, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (
CGPME) s’est montrée enthousiaste face au document d'orientation sur les retraites présenté par le ministre du Travail. «C’est un projet qui est globalement bien équilibré où l’emploi des seniors est mis en avant, les pensions de réversion, les minima de retraite […] Cela me paraît être un bon projet», a déclaré à la presse le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, à l’issue de l’entretien.
Il a toutefois relevé «deux ou trois points de désaccord», dont celui, «le plus important», du «financement des caisses de retraite par (une baisse de cotisations à) l’Unedic». «On ne peut pas ponctionner l’Unedic par principe, parce qu’il y aurait un jour des excédents. Par contre, si effectivement il y a quelque chose de pérenne dans ces résultats de l’Unedic, à ce moment-là il faut voir la solution», a-t-il déclaré.
Avec agence
SONDAGE
48% des Français sont opposés à l'allongement de la durée de cotisations retraite de 40 à 41 ans, selon un sondage CSA publié par «Le Parisien», contre 46% qui y sont favorables.