INTERVIEW – Eric Heyer, directeur adjoint au Département analyse et Prévision de l’OFCE, explique ce que le chef de l’Etat doit faire pour faire passer les pilules des réformes sociales…
Alors que Nicolas Sarkozy
s’exprime jeudi soir à la télévision pour dresser le bilan de sa première année de mandature, Eric Heyer, directeur adjoint au Département analyse et Prévision de l’
OFCE, explique ce que le chef de l’Etat doit faire pour faire passer la pilule des réformes…
Contrat de travail, service minimum, régimes spéciaux… depuis l’investiture de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, le 16 mai dernier, de nombreuses réformes sociales ont été conduites. Est-ce tout le système social français qui est à réformer?
Non, je ne partage pas l’analyse de Patrick Devedjian (secrétaire général de l’UMP) qui consiste à dire: «La France a pris beaucoup de retard ces dernières années et nous devons donc mener toutes les réformes en même temps.»
Vous trouvez qu’elles sont trop nombreuses?
Non, je pense simplement qu’il manque une explication claire pour les justifier. Le problème de la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui consiste à tout faire d’un coup, est que l’on a du mal à suivre ses réformes. Les Français ne voient pas où il veut les emmener. Je pense que les dossiers parallèles, comme l’Education, le service minimum, la réforme des retraites ou celle du contrat de travail, peuvent être menés de front, car on ne s’adresse pas aux mêmes personnes. En revanche, dans l’opinion publique, la profusion de réformes donne un sentiment de confusion. Et lorsque le gouvernement recule sur un dossier, il donne l’impression de reculer sur tout.
A mon avis, il y a un vrai travail de pédagogie à fournir avant de présenter une réforme, comme ce fut le cas pour les retraites: la première table ronde a eu lieu en 2000 mais nous n’avons abouti à un texte qu’en 2003. Un laps de temps qui a permis aux partenaires sociaux de s’entendre.
La méthode Bertrand, qui consiste à dire aux partenaires sociaux: «vous avez x mois pour vous entendre, sinon je légifère», est donc une bonne idée?
Imposer aux partenaires sociaux des négociations est une bonne chose car on sait qu’en France, on a du mal à les mettre autour de la table. Il faut cependant veiller à leur laisser suffisamment de temps pour s’accorder et ne pas leur donner l’impression que tout est déjà décidé.
Selon vous, quels grands dossiers reste-t-il à réformer?
Nous ne pourrons pas passer à côté d’une réforme des dépenses publiques. Je ne parle pas des dépenses de l’Etat mais celles de la Sécu. La branche du chômage devrait bientôt être à l’équilibre et celle des retraites est l’objet de rendez-vous qui vont permettre de répondre au problème. La branche de l’assurance maladie en revanche pose problème car le gouvernement n’a toujours pas tranché: devons-nous réduire nos dépenses ou considérons-nous que dans un pays vieillissant comme le nôtre, il est normal de dépenser plus?
Le rythme des réformes, menées au pas de charge, vous semble-t-il tenable sur quatre ans?
Au bout d’un moment, il n’y aura plus rien à réformer! Je pense que le calendrier choisi par le gouvernement est logique: les résultats des réformes engagées en début de mandature ne s’observeront que quelques années plus tard, soit à la prochaine élection. En revanche, Nicolas Sarkozy devrait nous indiquer quelle est sa France de 2012. Car c’est en nous présentant ses objectifs à terme qu’il pourra justifier ses réformes. Avant lui, Jacques Chirac n’a pas engagé de réformes, arguant que les Français sont conservateurs. Or, si on leur explique à quoi vont servir les réformes, ils sont prêts à les accepter.
Propos recueillis par Sandrine Cochard