INTERVIEW - Emmanuel Davidenkoff, rédacteur en chef de «Phosphore», prodigue ses conseils pour les quatre ans à venir...
Alors que Nicolas Sarkozy doit fixer sa feuille de route ce jeudi soir, Emmanuel Davidenkoff, spécialiste de l'éducation et rédacteur en chef de
Phosphore.com, prodigue ses conseils au chef de l'Etat et à son gouvernement pour les quatre ans à venir...
Cela fera un an, le 16 mai 2007, que Nicolas Sarkozy a été élu Président et plusieurs réformes ont déjà été engagées en matière d'éducation, à l'université comme au primaire. Faut-il continuer dans ce sens?
C'est difficile à évaluer dans la mesure où l'éducation, ça prend du temps. On ne mesure les effets d'une réforme qu'au bout de plusieurs années. Ça a pris quinze ans pour tirer le bilan du collège unique, et presqu'autant pour parvenir aux 80% d'une classe d'âge au bac. C'est pourquoi empiler les réformes en matière d'éducation n'est pas la solution. Les programmes du primaire avaient déjà été changés en 2002 par exemple. On ne saura jamais si cette réforme était intelligente dans la mesure où elle vient déjà d'être remplacée par celle de Xavier Darcos.
N'est-ce pas une façon pour un nouveau ministre d'imprimer sa marque?
Certains ont résisté à cette tentation, comme Claude Allègre (ministre de l'Education sous Jospin de 1997 à 2000). François Bayrou venait de réformer le collège, il n'y a donc pas touché, même s'il n'était pas forcément d'accord avec son prédécesseur. Un ministre peut agir autrement, en développant les dispositifs d'aide par exemple. Or, les crédits pour la formation continue des enseignants ont été sabrés.
Rien de très positif, donc, pour l'instant...
Encore une fois, il est trop tôt pour le dire. Aucune mandature ne va au bout de ses idées. Seule la réforme de la carte scolaire produira ses effets assez rapidement. On va voir si cela getthoïse un peu plus les établissements ou pas. Malheureusement, on ne peut pas créer de la mixité à l'école si elle n'existe pas dans la société. C'est ce qui rend la gestion de l'éducation si compliquée. Elle dépend beaucoup des réalités socio-économiques et urbaines du pays. Le système éducatif peut favoriser la mobilité sociale, mais pas la créer. A l'époque de Jules Ferry et des Trente glorieuses, la méritocratie républicaine remplissait son rôle car l'économie et la croissance suivait. A une époque plus austère, cela ne peut que favoriser une concurrence inégalitaire entre les élèves. L'école doit gérer toutes les contradictions de la société.
Est-ce pertinent, du coup, de tailler dans les effectifs des enseignants?
Si on ne change pas le mode de fonctionnement du lycée, cela risque de poser problème. Il faudrait réfléchir aux modes de présence des enseignants. Si ces derniers restaient à l'établissement au lieu de rentrer chez eux, ils pourraient notamment aider les élèves en difficulté. Le problème d'être 35 en classe serait moins problématique, du coup. C'est l'idée défendue par Xavier Darcos et avant lui par Claude Allègre
de créer un «Acadomia public», afin que l'école ne compte que sur elle-même. Ce qui est mal passé, c'est que les restrictions budgétaires ont été annoncées avant la réforme.
En ce qui concerne l'université, par contre, le gouvernement est parvenu à imposer son projet de loi...
Les réformes sont moins nombreuses dans l'enseignement supérieur car les universités sont autonomes sur le plan pédagogique depuis la loi Faure en 1968. La dernière remontait à 1984. Il était donc nécessaire et légitime de modifier les choses. Mais avant de tirer quelques conclusions que ce soit sur la loi Pécresse, il faut laisser les universités s'en emparer.
Propos recueillis par Catherine Fournier