S'engouffrer ou non dans la brèche

Publié le 23 avril 2008.

IMMIGRATION – La régularisation de 600 salariés sans papiers va être étudiée. Reste à savoir si d'autres suivront...

Et maintenant? Puisque le ministère de l'Immigration a demandé lundi soir aux préfets d'étudier «au cas par cas» mais «dans un esprit positif» les six cents demandes de régularisation émanant de salariés sans papiers transmises aujourd'hui par la CGT, une brèche semble ouverte. En vertu de la circulaire du 7 janvier 2008, un travailleur entré clandestinement en France, mais qui a en poche un contrat ferme d'un an minimum dans un secteur «en tension - et un profil intégré», stipule le ministère - peut obtenir des papiers. La loi Hortefeux de 2007 précise même qu'une promesse d'embauche dans un métier «en tension» suffit.


Mais en fait, la liste des métiers confrontés à des difficultés de recrutement comprend surtout des emplois qualifiés comme «informaticien» ou «dessinateur dans le BTP». «Il n'y aura donc pas d'appel d'air, pas de vague de régularisation massive, assure Thierry Coudert, directeur de cabinet de Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration. La régularisation d'un clandestin est une exception, pas un droit. Il n'y aura pas de guichet.» Notamment parce qu'aux yeux du gouvernement, ce n'est pas aux sans-papiers de combler la pénurie de main-d'oeuvre dans l'hôtellerie, la restauration ou le nettoyage, mais aux étrangers accueillis légalement sur le territoire dans le cadre de la fameuse «immigration choisie».

Pourtant, les salariés sans papiers qui vivent déjà en France, travaillent en étant déclarés et paient leurs cotisations sociales, voire leurs impôts, pourraient être très nombreux. Aucun chiffre officiel n'existe. Le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, André Daguin, parle de 50.000 à 100.000 personnes dans cette situation.

Seulement voilà, ils hésiteraient à sortir du bois: s'ils révèlent qu'ils ont des faux papiers, ils risquent le licenciement pour faute grave - sans indemnité ni allocations chômage - et l'expulsion. Se déclareront-ils? Si les six cents grévistes d'Ile-de-France sont régularisés, alors que tous ne travaillent pas dans des secteurs «en tension», d'autres pourraient être tentés.

Laure de Charette
ailleurs
Près de 700.000 travailleurs illégaux ont été régularisés en 2005 en Espagne, et 517.000 en 2006 en Italie. Les dossiers devaient être présentés par l'employeur implicitement amnistiés.
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