L’hommage de la nation française à Aimé Césaire, père de la «négritude», a pris fin dimanche à 16 heures (22h heure de Paris) au stade de Dillon, à Fort-de-France. Le corps du poète et homme politique martiniquais, décédé à l’âge de 94 ans, devait être conduit, escorté par un cortège populaire, au cimetière municipal.
C’est à 15 heures que Nicolas Sarkozy s’est incliné, seul, sur le petit homme au visage figé dans une expression étonnamment sereine. Le chef de l’Etat s’est avancé alors que débutait une minute de silence. Soixante secondes où l’on aurait pu entendre voler l’âme d’Aimé Césaire.
L'émotion de son compagnon de route
Quinze minutes plus tôt, l’hommage au «papa» de la Martinique, ainsi que l’ont baptisé les habitants de l’île, avait commencé par une allocution de son compagnon de route historique, Pierre Aliker. Acclamé par les milliers de Martiniquais présents à la cérémonie, le vieil homme, âgé de 101 ans, a dû interrompre sa lecture à plusieurs reprises, atteint par l’émotion.
Encouragé par des applaudissements, il a repris, célébrant son ami, «qui a fait connaître et reconnaître la Martinique dans le monde entier.» Vêtu de blanc, Pierre Aliker, qui avait coutume de dire qu’il restait en vie pour veiller Aimé Césaire, a relevé la tête pour conclure que «les Martiniquais resteront fidèles à eux-mêmes».
«Symbole de la lutte pour le respect des peuples»
La cérémonie s’est poursuivie un long hommage au poète lu, avec ferveur, par six comédiens antillais et africains. A aucun moment le président de la République ne s’est exprimé, par respect de la volonté de la famille du défunt. Il aura prononcé ses seuls mots lors de son arrivée à l’aéroport de Fort-de-France, baptisé Aimé-Césaire à son initiative en 2006: «Je suis venu dire à la Martinique que toute la France partage sa douleur, que c’est la nation toute entière qui est en deuil», a t-il indiqué, saluant en Aimé Césaire, avec lequel il a eu des relations chaotiques «l’un des symboles de la lutte pour le respect des peuples.»
C’en est donc terminé, depuis samedi, du flot ininterrompu de milliers de Martiniquais venus se recueillir devant le cercueil du poète. Désormais, c’est au cimetière, où seule la famille devait assister à l’inhumation dimanche soir, que les Martiniquais viendront se courber devant la dépouille d’Aimé Césaire.