REPORTAGE - A l'heure de la messe dominicale, les Martiniquais sont partagés à l'idée qu'il n'y ait pas de cérémonie religieuse pour Aimé Césaire...
L’hommage rendu ce dimanche soir à Aimé Césaire (14h heure locale, 20h heure de Paris) à Fort-de-France, en Martinique, ne prévoit aucune prise de parole religieuse. «Même si on sait tous que Césaire n’était pas croyant, ça embête beaucoup de gens ici, car la religion catholique est très présente», affirme le journaliste d’une télévision locale. Le 24 août 2005, lors de l’hommage rendu aux 152 victimes martiniquaises du crash de Maracaïbo (Vénézuéla), des représentants de plusieurs cultes religieux avait ainsi pris la parole, en présence du chef de l’Etat.
L’indulgence des uns
Ce matin, les avis des fidèles étaient partagés devant la cathédrale de Fort-de-France, où la traditionnelle messe du dimanche était célébrée. «C’est le choix de la famille, donc on le respecte, explique Michèle, agent bancaire. Et cela ne nous empêche pas de prier pour lui. Les prières sont universelles. Croyant ou pas, Césaire est un frère en christ.»
Stéphane, un lycéen, est lui aussi indulgent: «C’est un peu étonnant mais on peut comprendre. Césaire était un grand littéraire, un grand philosophe. Souvent ces grands hommes ne croient pas en dieu. Mais moi aussi je prie pour lui.» Pierre, chauffeur de taxi, philosophe: «Ca peut paraître dur à accepter mais Césaire était un homme très spécial, qui nous a apporté beaucoup. Et il y a un proverbe qui dit que la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle possède.»
La déception des autres
Geneviève, agent technique, est moins compréhensive: «Je suis un peu désolée et déçue, même si c’est sa volonté. Etant croyante, je trouve qu’il aurait dû avoir plus de reconnaissance pour dieu, qui lui a donné tant de temps et de charisme.» Louis, retraité, peste carrément: «Tout ça m’attriste. Enormément, profondément.»
Ces débats ne semblent pas entamer la bienveillance des autorités religieuses locales. La cathédrale de Fort-de-France organisera mercredi, à 18h30, un office religieux en mémoire du poète et homme politique. Non loin, une petite église affiche sur ses grilles des photographies du poète, conviant fidèles et curieux à visiter une exposition en son honneur.
De notre envoyé spécial à Fort-de-France, Stéphane Colineau