REPORTAGE - «Pas de foot, pas de hand, pas de night-clubs ouverts ce soir»...
Les habitués sont formels: il faut savoir ce qu’est un samedi habituel dans le centre-ville de Fort-de-France pour mesurer combien, ce samedi matin, la journée de deuil en hommage à
Aimé Césaire est respectée.
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Le quartier ultra commerçant du Foyal n’est rien moins qu’une ville fantôme. «A cette heure-ci d’habitude, il y a des badauds partout, des bouchons, des musiciens dans les rues, des gens qui dansent», explique un habitant. Les rideaux des innombrables commerces colorés des rues Antoine Siger sont tous ostensiblement tirés. Idem dans les rues adjacentes François Arago ou Moreau de Jonnes.
Le président de l’union commerciale foyalaise Claude Jarr se réjouit de voir combien la consigne est bien passée. «Sur les 950 commerces de l’association, je pense que très peu sont ouverts, comme je l’avais demandé. J’ai fait un tour de matin pour tirer l’oreille des réfractaires, mais je n’ai eu besoin de réprimander personne.» Un touriste l’interrompt: «Vous savez où je peux acheter le journal?» «Seulement dans les centres commerciaux de la périphérie, à deux bons kilomètres d’ici. Vous ne trouverez rien en centre-ville», lui répond Claude Jarr.
Rideau baissé
Selon lui, les commerçants ont accepté aisément de tirer un trait sur la plus belle recette de la semaine. «Aux rares qui ont râlé, je leur ai dit "mais enfin, un jour comme ça on ne compte pas!" Il faut se souvenir qu’Aimé Césaire a fait beaucoup pour ce centre ville en tant que maire. Il y a vingt ans, la rue Antoine Siger était inondée par 50 centimètres d’eau à chaque gros orage. Aimé Césaire nous a offert toutes nos infrastructures.»
Les gros marchés du centre ville, autre cœur de l’animation du samedi matin, sont aussi désertés. Personne au marché du poisson, ni à celui dédié à la viande. Seul le marché du parc floral joue les rebelles. «On a décidé d’ouvrir parce qu’on fait des fruits et légumes, et que la marchandise sera gâtée si on ne la vend pas aujourd’hui», justifie un maraîcher. Un de ses voisins explique: «La mairie n’était pas très contente, elle ne nous a pas allumé la lumière ce matin, on s’est installé avec nos lampes torches».
A l’image de cette matinée au Foyal, la journée sera ce samedi réservée au recueillement sur l’île. «Pas de foot, pas de hand, pas de night-clubs ouverts ce soir», décrit un chauffeur de taxi, dont le chiffre d’affaires s’annonce plutôt maigre aujourd’hui. «Pas grave, c’est normal», conclut-il.
Stéphane Colineau, envoyé spécial en Martinique