DROITS DE L’HOMME – Le badge français aurait pu faire des émules. Un cauchemar pour le CIO qui redoute plus que tout que ces JO ne deviennent une tribune politique…
Et si le badge français «Pour un monde meilleur» s'était tout simplement perdu dans les couloirs tortueux du CIO? Par exemple, la semaine dernière à Pékin lors de la réunion en commission exécutive des 205 comités olympiques nationaux. Devait s'y décider un certain nombre de détails pratiques quant à l’organisation des Jeux (contrôle anti-dopage, qualité de l’air à Pékin, etc.). En coulisses, les événements autour de la flamme olympique alimentent les conversations; l’initiative des athlètes français et leur badge intrigue. Henri Sérandour, le président du Comité national olympique français (CNOSF), se sent même «flatté» par l’intérêt porté à l’idée française.
Pourtant, lundi soir sur le plateau de l’Equipe TV, il déclare que les athlètes français ne pourront pas se rendre aux JO avec ce badge. Devant le tollé, David Douillet vole au secours de l’olympisme français en affirmant qu’il n’avait de toute façon «jamais été question de le porter aux JO» mais que le CIO devait se réapproprier l’idée pour mettre à la disposition des athlètes un badge universel approuvé par les instances. Une façon de rendre politiquement correcte la protestation.
Des badges pour la faim dans le monde…
Officiellement, le CIO n’est pas intervenu dans ce revirement. Pourtant, mardi, à l'occasion d'une conférence de presse, Henri Sérandour lâche une phrase qui explique peut-être pourquoi l’institution olympique avait des raisons de redouter l’initiative française: «A Pékin, j’ai vu beaucoup de présidents de Comités Nationaux Olympiques et des membres du CIO, certains venant de pays touchés par la famine, qui feraient bien eux aussi des badges en direction des pays nantis pour leur demander de stopper la montée des prix.» Des JO qui se transforment en tribune politique pour toutes sortes de causes en ordre dispersé: un cauchemar pour les instances qui aurait accéléré l’arrêt de mort du badge français…
«Le CIO n’est pas les Nations Unies»
Aussi lisse était-il, le badge ne devait donc pas venir chatouiller la nature apolitique du CIO. L’institution s’est toujours refusée à donner un avis sur la politique des pays qui adhèrent au mouvement. Mais confronté aux turbulences liées aux JO de Pékin, «le CIO est à un moment décisif de son existence, confie à 20 minutes.fr une source proche du CNOSF. Soit il profite de l’opportunité et devient un lobby d’influence en matière de droit de l’homme qui a le pouvoir de peser sur les pays. Soit il se cantonne à son rôle d’institution purement sportive. Avec Jacques Rogge, on s’orientera toujours vers la deuxième solution».
La Chine sur la voie de la Corée?
L’apolitisme n’empêche pourtant pas le CIO de faire des paris politiques. Lors de l’attribution des JO à la Chine, de nombreux membres du CIO avaient déclaré publiquement qu’ils espéraient que cela permettrait à la Chine de s’ouvrir aux Droits de l’homme. «Qui pouvait croire en 1981, lorsque Séoul a été élue pour organiser les Jeux de 1988, que la Corée en serait là aujourd'hui. Espérons que la Chine suivra le même chemin», a ainsi rêvé Jacques Rogge le… 18 mars 2008.
Pressé par les événements il rappellait le 10 avril la Chine à ses promesses: «Avant l'attribution, les représentants (chinois) ont dit et je les cite de mémoire, “accorder les Jeux à la Chine ferait avancer la question sociale, notamment les Droits de l'homme”. Nous demandons absolument à la Chine de respecter cet engagement moral.» Quelques jours plus tard, un petit badge « Pour un monde meilleur» allait trouver la mort, perdu dans les arcanes du CIO…
Matthieu Goar
Le rôle du CIO selon Rogge
«Le CIO n'est pas une organisation politique ni une organisation non gouvernementale. C'est une organisation sportive dont la responsabilité est de faire en sorte que les athlètes aient les meilleurs Jeux possibles. (…) L
es gens ne se rendent pas compte que le CIO n'est pas les Nations unies du sport», avait-il déclaré au Figaro le 11 mars 2008. Cette opinion explique l’attitude du CIO que certains ont trouvé tiède au moment des événements du Tibet et le refus de Jacques Rogge de cautionner toute forme de boycott. Une attitude qui trouve aussi son explication dans la personnalité de Jacques Rogge. Ainsi, déjà en 1980, le président du CIO, alors régatier en Finn s’était élevé contre les autorités belges qui pensaient boycotter les JO de Moscou.
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