Appel au boycott en Chine: comment la France fait face

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Publié le 6 mai 2008.

DIPLOMATIE - Interventions diplomatiques, cellule de veille, contacts discrets%u2026

«On peut dire qu'aujourd'hui, quasiment aucun Chinois n'a pas entendu parler de l'appel au boycott des produits français.» Ce commentaire d'une source diplomatique en Chine témoigne de l'ampleur qu'ont pris les messages sur les forums Internet et les SMS envoyés par des Chinois, furieux de la position de Paris sur la question des Droits de l'homme.

Du coup, une cellule de veille a été mise en place à l'ambassade de France à Pékin: tous les diplomates en place sont invités à surveiller ce qui se dit à la télévision et sur l'Internet chinois. Avec la moitié du personnel diplomatique qui parle correctement la langue de Lao-Tseu, les informations remontent rapidement et sont envoyées au quai d'Orsay.

Pour la première fois, l'ambassadeur français, Hervé Ladsous, a répondu mardi soir aux questions de la chaîne hongkongaise Phoenix TV. «Une chaîne d'influence, au ton assez libre et très regardée par l'élite chinoise», fait-on valoir à l'ambassade. D'autres interventions médiatiques du représentant de la France «pourraient être prévues» dans les jours qui viennent pour peser dans l'opinion publique. Parallèlement, d'autres personnes de l'équipe diplomatique sont en contact avec la presse chinoise, même pour parler de sujets annexes au boycott. «Notre objectif, c'est de montrer qu'on ne se fout pas de leur gueule. Il faut donner aux Chinois le sentiment d'être entendus», indique-t-on de même source.

Difficile de demander de mieux maîtriser l'opinion publique

Avec un souci: officiellement, les appels au boycott n'émanent pas des autorités chinoises mais de la société civile. Pékin entretient en effet le flou sur ses propres positions, appelant les consommateurs de l'Empire du Milieu à des actions «légales et raisonnables». «Il nous est difficile de donner des leçons de Droits de l'homme tout en demandant au gouvernement chinois de mieux maîtriser son opinion publique», explique-t-on du côté français. Ce qui n'empêche pas chaque diplomate de «faire jouer ses contacts pour agir sur la partie du mouvement de boycott télécommandée par les autorités». Bref, selon la formule consacrée, la diplomatie française est en phase «d'échanges et d'attentes».

C'est que la portée réelle d'un appel au boycott — dont les modalités diffèrent selon les sources — est dure à anticiper. «La pertinence de ce mouvement est remise largement en cause dans les médias chinois où les commentateurs pensent qu'il pourrait être contre-productif pour l'économie chinoise», témoigne un diplomate. Qui constate même que, «pour une fois, certains analystes mettent en cause directement les erreurs de communication de Pékin sur sa politique tibétaine». Autre motif de soulagement: l'athlète handicapée Jin Jing, bousculée à Paris, lors du passage de la flamme olympique et véritable héroïne en Chine, s'est exprimée contre le boycott des produits français. «Elle n'est pas une voix isolée», se rassure-t-on.

A Paris, officiellement, le ministère des Affaires étrangères a temporisé lui aussi. «Nous écoutons la voix du peuple chinois, qui est un peuple ami, mais les appels au boycott sont le fait d'une très petite minorité et nous n'avons pas connaissance d'un effet quelconque de ces initiatives sur nos relations économiques», a dit à la presse la porte-parole du ministère, Pascale Andréani. A suivre dans la journée, le décryptage de ces appels au boycott par notre correspondante à Shanghaï...
Alexandre Sulzer
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