Le parcours de Xavier Bertrand fait autant d'admiratifs que d'envieux. Le ministre du Travail, qui était encore agent d'assurances en 2002, au moment de son entrée au Palais-Bourbon (en tant que député de l'Aisne), a gravi les marches quatre à quatre, jusqu'à faire aujourd'hui de l'ombre au Premier ministre, François Fillon.
« Il ne s'est pas cassé les dents sur les os qu'on lui a donnés », explique-t-on à l'Elysée. Les os en question, c'était l'organisation du débat sur la réforme des retraites, en 2003, la mise en place de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, en 2006 ou la réforme des régimes spéciaux, l'an dernier. Sa force, selon ses proches, c'est le boulot. Jean-Louis Debré, ancien président de l'Assemblée, voit en lui un grand bosseur. « Il aime tout connaître d'un dossier et écouter tout le monde avant de trancher », confie un membre du staff de campagne de Nicolas Sarkozy qui l'a vu à l'ouvrage quand il était porte-parole du candidat. Ecouter, peut-être, mais dialoguer, « pas toujours », selon les syndicalistes, qui reprochent au ministre du Travail de négocier à sens unique : « le sien ».
Ce franc-maçon assumé de 43 ans sait cultiver ses réseaux et bichonner la base. « Il écoute ou se fait résumer toutes les interventions des députés et responsables de la majorité à la télévision ou à la radio. Et quand il les croise, il pense à leur glisser un mot du genre "Je t'ai entendu sur RMC, c'était très intéressant" », explique un proche. Mais sa popularité chez les parlementaires énerve les autres ténors de la majorité. Ces derniers lui reprochent de mettre son savoir-faire et son physique de premier de la classe au service d'une seule ambition : devenir calife à la place de Fillon lors du remaniement qui pourrait intervenir début 2009. Ce scénario est tellement pris au sérieux que le Premier ministre s'est rapproché de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée, pour faire front commun. Copé tient à surveiller de près celui qu'il appelle « le meilleur d'entre nous », en référence à Alain Juppé et en espérant sûrement pour lui la même sortie de route politique.
Pour aller plus loin, dans un avenir proche, Xavier Bertrand ne pourra pas se contenter d'être l'homme qui sait gérer les dossiers qu'on lui confie. « Il a le talent de passer au travers des gouttes, mais à quel prix ?, s'interroge un responsable de l'UMP. Il n'y a pas de cohérence dans son projet politique. C'est une chose de conduire un dossier, c'en est une autre de le mener dans le cadre d'un projet politique. » A l'Elysée, on défend le poulain. « Personne ne lui demande d'avoir une ligne politique, explique un proche du Président. On lui reproche d'avoir de l'ambition, mais à ce niveau de responsabilité, qui n'en a pas ? » Une réponse qui vaut aussi bien pour Xavier Bertrand que pour ses détracteurs.