JEUX OLYMPIQUES – La tradition du relais olympique ne date pas de l’Antiquité, mais des Jeux de 1936…
Le relais olympique, malmené dans les rues de Londres et de Paris, est une invention du XXe siècle. Contrairement aux idées reçues, cette tradition ne date pas de l’Antiquité, mais des Jeux les plus contestés du siècle précédent, ceux de Berlin organisés par le régime nazi en 1936.
Hilter, admirateur de l’Antiquité grecque, voulait organiser les Jeux pour glorifier l’image d’une Allemagne sportive et virile. Le relais de la flamme, qui relie symboliquement les JO au berceau grec de l’olympisme, est ainsi
instrumentalisé par la propagande nazie. Chaque étape de la course entre Olympie et Berlin est suivi en direct sur les radios allemandes.
Au départ, le relais était continu
Depuis, le relais a lieu avant chaque olympiade. La pratique a lentement évolué avec le temps. Alors que le premier relais était continu, la flamme finit par prendre les transports pour aller de pays en pays, avant d’allumer lors de sa dernière étape la grande vasque olympique lors de la Cérémonie d’ouverture.
Ce n’est qu’en 2004, à l’occasion du retour des Jeux en Grèce, que la flamme olympique traversera les cinq continents dans un immense voyage. Jusqu’à présent, les relayeurs se contentaient de traverser le continent dans lequel se déroulaient les Jeux avant de rejoindre, si nécessaire, la Grèce par avion.
Volonté de grandeur chinoise
La Chine, en accord avec le CIO, a reconduit l’opération en 2008, se lançant dans le plus grand périple de l’histoire, long de 137.000 kilomètres pour 20 pays traversés. «Ce choix peut s’expliquer par la volonté de grandeur de la Chine, mais aussi par des enjeux plus diplomatiques», explique Florence Carpentier, professeur d’histoire du sport à l’Université de Rouen.
«Le relais est un moyen pour la Chine d’entretenir de bonnes relations avec les pays qui accueillent la flamme. Mais il ne faut pas oublier l’influence du CIO, qui a tout intérêt à médiatiser le relais. Avec les anneaux olympiques et les cérémonies d’ouverture et de clôture, il est un des grands symboles des JO. C’est ce qui permet de différencier cette compétition d’un simple championnat du monde», continue Florence Carpentier.
Des relais jusque là tranquilles
Jusqu’aux incidents londoniens et parisiens, le relais olympique était un exercice bien tranquille, tout juste soumis aux aléas climatiques. En 1976, à Montréal,
il fallut rallumer au briquet – ô sacrilège! – la flamme éteinte à la suite d'un violent orage. Quoique l’incident n’eut pas lieu pendant le relais, mais pendant les Jeux.
Un des rares couacs politiques recensés autour du relais olympique date de 2006 et des Jeux olympiques de Turin, dont le relais fut
troublé à plusieurs reprises par des opposants au TGV Lyon-Turin. Sans que la flamme ne soit jamais éteinte, comme à Paris lundi.
«Traditionnellement, ce sont plutôt les cérémonies d’ouverture (comme à Moscou en 1980) ou les remises de médaille (
comme à Mexico en 1968) qui sont utilisées à des fins de protestation politique», rappelle Florence Carpentier.
Vincent Glad